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10.01.2007

Ainsi “Le petit président” veut faire “L’Événement”!

Serait-il un malheureux présage ou le signe du dynamisme qui semble avoir déserté la presse burkinabè? L’année médiatique 2007 s’ouvre par un marathon judiciaire dont le coup d’envoi a été donné le lundi 8 janvier dernier devant le tribunal correctionnel de Ouagadougou. Au cœur de cette palabre qui ne manque pas déjà de faire couler beaucoup d’encre et de salive, les deux parties en procès ont toutes les qualités requises pour donner du piment à l’événement. Aussi bien à l’intérieur des frontières burkinabè qu’à l’extérieur, nos confrères ne s’en priveront certainement pas pour sortir l’actualité de la torpeur monotone des traditionnelles et insipides présentations de vœux d’institutions publiques et privées en manque de visibilité.

En effet, lorsque c’est le sieur François Compaoré, le frère cadet du docteur Honoré, affectueusement ou ironiquement (c’est selon) appelé le “petit président”, qui este en justice contre un canard de la place pour diffamation, il y a nécessairement un événement. Comme par hasard, ce canard n’est autre que le bimensuel “L’Événement”. L’événement juridico-médiatique ainsi créé est d’autant plus total qu’il a trait à l’affaire Norbert Zongo, du nom du directeur de publication de l’hebdomadaire “L’Indépendant” tragiquement fauché le 13 décembre 1998 et dont le dossier constitue un véritable boulet aux pieds d’une justice burkinabè qui n’y a pas trouvé d’autre palliatif que de prononcer, en juillet 2006, un non-lieu au profit du seul inculpé dans l’affaire.

Dans le jargon judiciaire, notre confrère paraissant au quartier Bilbalgo s’est retrouvé dans le box des accusés pour avoir, dans sa parution n° 102 du 25 octobre 2006, “publié des écrits, articles et photos dont il résulte des allégations et imputations de faits qui portent atteinte à l’honneur et à la considération de monsieur François Compaoré”. En termes plus simples, “Le petit président” n’est pas content de voir afficher à la Une du journal sa photo accompagnée d’un article titrant: “Affaire Norbert Zongo: Ainsi donc, c’est lui!” et un bref commentaire: “Jusqu’à présent, on pensait à lui sans oser le nommer. RSF vient de franchir le pas...”. En fait, dans l’écrit incriminé, Newton Ahmed Barry, rédacteur en chef du journal, s’est fendu d’un commentaire argumenté à partir des déclarations du secrétaire général de l’organisation de défense de la liberté de presse Reporters Sans Frontières (RSF) qui a révélé, le 20 octobre 2006, que dans la “version intermédiaire du rapport de la CEI (Commission d’enquête indépendante), datée du 26 avril 1999 et jamais rendue publique”, il y aurait des “mensonges des témoins François Compaoré et Oumarou Kanazoé”. Et notre confrère d’insinuer que “...François Compaoré aimante l’affaire Norbert Zongo. Tout semble se ramener à lui”. Voilà pour ce qui est du crime de lèse-majesté.

Fallait-il que “le petit président”, qui porte aussi l’honorable casquette de conseiller spécial du chef de l’Etat, traîne un journal en justice pour cela? Les avis sont partagés. Mais au-delà de toute considération, force est de constater qu’au moment où l’opinion nationale en a gros sur la patate à propos de l’appareil judiciaire burkinabè, ce dossier risque fort d’être une patate chaude jetée entre ses mains. D’ores et déjà, le président a préféré renvoyer le dossier au 22 janvier prochain pour manque de l’original du journal incriminé dans le dossier. Ceci expliquerait-il cela? En attendant la suite du marathon judiciaire, “le petit président” aura réussi, en ce début d’année, la prouesse de faire “L’Evénement”. Et le meilleur des vœux que l’ensemble de la presse est en droit de formuler est que tout cela aboutisse à un procès libre, transparent et surtout équitable.

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