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20.12.2006
Une presse qui tourne...en rond
Au Faso, l’année 2006 s’achève comme elle a commencé pour les forçats de la plume, du micro et des caméras. Il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Ce sont les “mêmes problèmes”, pour emprunter l’expression de l’artiste musicienne Idak Bassavé. Cette année encore, on s’est contenté d’égrener le chapelet des problèmes qui minent la profession, sans aucune perspective véritable pour sortir du tunnel. Les organisations professionnelles de journalistes ont visiblement du mal à jouer leur partition pour donner à la presse burkinabè ce fameux “4e pouvoir” qu’elle peine à exercer. Le ver est peut-être dans le fruit, mais l’esprit de corps semble aussi la chose la moins partagée dans le milieu des journalistes. Et lorsque “chacun s’assoit pour que Dieu le pousse”, on risque de ne pas parler des mêmes problèmes.
En effet, les sempiternelles questions de carte de presse, de convention collective, pour ne citer que les plus brûlantes, sont intactes, sinon reléguées aux calendes grecques. Pendant ce temps, les autorités ont continué leur sport favori qui consiste à verser dans l’autocongratulation selon laquelle la presse burkinabè est l’une des “plus responsables dans la sous-région” et blablabla. Evidemment, lorsque la plupart des journaux, radios et télévisions ne semblent pas avoir d’autres chats à fouetter que des comptes rendus de séminaires, ateliers, conférences et autres colloques, il y a de quoi se chatouiller pour rire. Or, “La liberté de la presse ne s’use que lorsque l’on ne s’en sert pas”, nous apprend la devise de notre confrère Le Canard Enchaîné. Mais lorsque ici au Faso la presse baigne dans des eaux troubles d’absence de statut des entreprises de presse obligées parfois de jouer à l’équilibrisme (au propre comme au figuré) pour survivre, c’est l’autocensure qui prend le pas sur la liberté. Le non-épurement judiciaire du dossier de l’assassinat de notre confrère Norbert Zongo ne pèse pas moins lourd sur l’exercice d’une profession désormais en sursis. On ne devrait donc pas s’étonner qu’au Faso la presse tourne... en rond.11:05 Publié dans Information et relations internationales | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Une Culture de festivals
Si la terre des Hommes intègres peut légitimement se targuer d’avoir secrété les plus grands festivals qui font la fierté de toute l’Afrique, sa culture nationale semble en passe de se réduire en culture de festivals. Le moins que l’on puisse, c’est que les festivals y poussent comme des champignons, et il ne se passe pratiquement pas de semaine sans qu’on en crée un nouveau. Sans risque de se tromper, on peut même affirmer que chaque village du Burkina a son festival.
Il suffit de ressusciter les vestiges d’une danse ou d’une pratique coutumière de son terroir, de s’attraper un politicien ou un homme d’affaires en mal de notoriété comme parrain et le tour est joué. Ainsi, un business de type nouveau dans lequel la promotion de la culture n’est qu’un prétexte pour faire de la villégiature et de l’exhibitionnisme.
Dans ce bal masqué où l’on se chatouille dans le cou, tous les coups d’éclat sont permis. En boubou dagara, pardon d’apparat, ou en costume cravate, ceux qui se font passer pour les bons samaritains de la culture n’ont qu’un souci: récolter tout et tout de suite les fruits de leur investissement. A qui la faute si la promotion de la culture nationale manque de mécène alors que les parrains et marraines des manifestations dites culturelles se recrutent tous les week-ends? A force de faire ou de laisser-faire une culture de festival et de manifestation politico-pseudo-culturelle, le ministère en charge de la Culture ne s’est-il pas fait complice de cette divagation à laquelle on assiste aujourd’hui?
Quand la culture se réduit à une sorte de loisir, c’est la porte ouverte à toutes les impostures. Déjà, nos artistes musiciens ne semblent avoir d’autres formes de valorisation que l’animation des galas et autres cérémonies. Que restera-t-il de notre culture lorsque les fleurs de nos festivals viendraient inévitablement et par la force des choses à se faner? That is the question.
11:01 Publié dans Politique africaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
14.12.2006
TéNéBreuse mixture de publicités déguisées
Conçu et pétri dans la religion musulmane comme un acte charitable qu’une personne aisée fait discrètement pour soutenir une activité culturelle, sportive ou scientifique, le mécénat se déguise de plus en plus en publicité. Lorsqu’on y mêle les médias, la charité fiche le camp au profit d’un marketing subtilement orchestré pour valoriser l’image des mécènes.
Ici au Faso où la charité n’est pas la vertu la mieux pratiquée par les entreprises et opérateurs économiques feuillus, les frontières entre la publicité et le mécénat sont de plus en plus ténues. À force de vouloir encenser ou caresser leurs généreux donateurs dans le sens du poil, toutes les frasques semblent permises pour les organisateurs de ces événements et leurs publicistes. C’est à croire que les textes tels que les “Lois et règlements” issus du décret n° 2003-360/PRES/PM/INFO du 10 juillet 2003 portant conditions de parrainage, ou sponsoring et de mécénat au Burkina Faso et la Loi portant Code de la Publicité adopté en 2001 ne servent qu’à orner les armoires du Législateur.
En effet, ladite loi définit, en son article 61, le mécénat comme “toutes contributions de personnes physiques ou morales afin de promouvoir et de financer des activités culturelles, artistiques, sportives ou scientifiques”. Elle précise expressément en son article 63 que: “Aucune opération de mécénat ne peut donner lieu à la publicité directe des biens ou des services produits ou commercialisés par le mécène.” Et pourtant, elles sont légion, les bandes annonces où le mécène que l’on présente beaucoup plus comme un parrain ou une marraine fait pratiquement de l’ombre à l’activité ou à l’émission qu’il ou elle est supposé(e) promouvoir. Ainsi se retrouve-t-on aux antipodes des exigences du mécénat qui devrait consister en un don fait avec discrétion conformément aux préceptes de l’islam; le mot ‘’mécène’’ ne vient-il pas du mot arabe “Mohcine”? En lieu et place de cette sacro-sainte discrétion, c’est plutôt le mécène qui cherche à s’imposer dans son environnement, s’il s’agit d’une entreprise commerciale, ou à obtenir des retombées sociopolitiques, s’il s’agit de personnalités politiques, de l’Administration ou du monde des affaires.
Et puisque la “Commission de Vérification de la Publicité” prévue par l’article 21 des “Lois et règlements” du décret portant conditions de parrainage, ou sponsoring et de mécénat est introuvable et que tous les coups semblent permis au Faso, chaque publiciste y va de son écart, et il n’y a visiblement pas de filtre à la Régie de la TéNéBreuse. Sauf lorsque des citoyens interpellent le Conseil supérieur de la communication (CSC), comme c’est le cas pour les publicités sur les produits éclaircissants, ou plus récemment sur l’utilisation abusive de l’image d’une petite dans une réclame de motocyclette.
L’exemple le plus intempestif de mécénat déguisé en publicité est sans conteste celui que la société de téléphonie mobile qui sponsorise la diffusion de la série africaine “Ma famille” impose aux téléspectateurs. Non content de prendre le film en otage par la diffusion de toutes sortes de bandeaux, elle se donne le malin plaisir d’annoncer tous les événements et manifestations qu’elle sponsorise. Au-delà de l’intention manifeste de rentabiliser à tout prix son sponsoring, les entrecoupements répétés et désordonnés de l’émission ne sont-ils pas le signe d’un manque de respect pour les téléspectateurs?
Le débat mérite d’être soulevé, surtout dans un contexte où la question du financement des médias apparaît comme un tabou, alors que c’est de sa résolution que doivent naître les nécessaires règles de jeu claires et imposables à tous. Autrement, on ne subira qu’une TéNéBreuse mixture de publicité déguisée.
12:21 Publié dans Information et relations internationales | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
08.12.2006
Médias d’État, presse dans l’étau
En déclarant en novembre 1984 que “La télévision est le premier pouvoir en France, et non le quatrième”, l’ancien président français Valéry Giscard d’Estaing pensait probablement au pouvoir, jusque-là encore insoupçonné, qu’a ce média de faire et de défaire les hommes politiques. Et cela est d’autant plus vrai que tous ceux qui détiennent une parcelle de pouvoir ne ménage aucun manège pour avoir le bon rôle sur la scène de la télévision. En situation de crise, tous les moyens semblent bons pour tenir les médias d’État en laisse, mais lorsque certains se permettent tous les coups, on perd nécessairement son latin.
Dans le Gbagboland où le bon sens militaro-politico-médiatique n’est plus la chose la mieux partagée depuis septembre 2002, le sort des canards n’est pas des plus enviables. Après la vague de violences contre les journaux de l’opposition et/ou rebelles, c’est désormais au tour des journalistes jugés “infidèles” de subir le martyre d’un imbroglio “y-voit-rien” qui n’a que trop duré. La guéguerre qui secoue désormais la tête de l’exécutif ivoirien a causé des dégâts collatéraux et pas des moindres à la tête des médias d’État.
La confrérie des forçats de la plume, du micro et de la caméra est tombée à la renverse en apprenant, le 26 novembre dernier, la suspension du directeur général du quotidien “Fraternité Matin”, Francis Léon Lébry, de ses fonctions et de la dissolution du conseil d’administration du même organe. Deux jours après, c’est-à-dire le 28 novembre, c’est son homologue de la Radiodiffusion télévision ivoirienne (RTI), Yacouba Kébé, qui connaît le même sort. Au premier, le clan présidentiel reproche d’avoir publié de “fausses informations” au sujet de la rencontre du chef de l’État avec le Premier ministre, tandis que le second se serait rendu coupable d’avoir autorisé la lecture d’un communiqué émanant du Premier ministère. En clair, le crime dont on accuse nos confrères est d’avoir fait leur travail en leur âme et conscience, alors que Gbagbo et ses faucons s’attendaient à ce qu’ils demandent le “bon à diffuser” avant de le faire.
C’est à croire que la liberté de la presse a fait plusieurs pas en arrière. Comme au temps où il fallait obtenir l’autorisation des “guides éclairés” avant d’informer. C’est incontestablement une atteinte grave à la liberté de la presse et au droit d’informer sans autorisation préalable. La levée de boucliers des organisations et de l’opinion internationales n’a pas manqué de le relever.
Mais au-delà des convulsions politiques ivoiriennes, le contrôle des médias d’État par l’inféodation de leurs premiers responsables n’est-il pas le sport favori de plus d’un exécutif sous les tropiques? Dans cette Afrique à la croisée des chemins de la démocratie, la liberté de la presse et le droit d’informer ne sont malheureusement pas encore de véritables acquis. Et si Laurent Koudou Gbagbo peut les piétiner allègrement, n’est-ce pas parce qu’il croit bénéficier d’une situation d’impunité? Malheureusement, la plupart de ceux qui nous gouvernement ont chacun leurs cadavres dans leurs placards ou leurs prisonniers d’opinion dans leurs geôles. Aussi, pour que les médias d’État en général et la télévision en particulier deviennent le premier pouvoir en Afrique, il faut encore que leurs premiers responsables aient un vrai pouvoir. Or, c’est ce qui manque le plus.
15:45 Publié dans Information et relations internationales | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

