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14.12.2006

TéNéBreuse mixture de publicités déguisées

Conçu et pétri dans la religion musulmane comme un acte charitable qu’une personne aisée fait discrètement pour soutenir une activité culturelle, sportive ou scientifique, le mécénat se déguise de plus en plus en publicité. Lorsqu’on y mêle les médias, la charité fiche le camp au profit d’un marketing subtilement orchestré pour valoriser l’image des mécènes.
Ici au Faso où la charité n’est pas la vertu la mieux pratiquée par les entreprises et opérateurs économiques feuillus, les frontières entre la publicité et le mécénat sont de plus en plus ténues. À force de vouloir encenser ou caresser leurs généreux donateurs dans le sens du poil, toutes les frasques semblent permises pour les organisateurs de ces événements et leurs publicistes. C’est à croire que les textes tels que les “Lois et règlements” issus du décret n° 2003-360/PRES/PM/INFO du 10 juillet 2003 portant conditions de parrainage, ou sponsoring et de mécénat au Burkina Faso et la Loi portant Code de la Publicité adopté en 2001 ne servent qu’à orner les armoires du Législateur.
En effet, ladite loi définit, en son article 61, le mécénat comme “toutes contributions de personnes physiques ou morales afin de promouvoir et de financer des activités culturelles, artistiques, sportives ou scientifiques”. Elle précise expressément en son article 63 que: “Aucune opération de mécénat ne peut donner lieu à la publicité directe des biens ou des services produits ou commercialisés par le mécène.” Et pourtant, elles sont légion, les bandes annonces où le mécène que l’on présente beaucoup plus comme un parrain ou une marraine fait pratiquement de l’ombre à l’activité ou à l’émission qu’il ou elle est supposé(e) promouvoir. Ainsi se retrouve-t-on aux antipodes des exigences du mécénat qui devrait consister en un don fait avec discrétion conformément aux préceptes de l’islam; le mot ‘’mécène’’ ne vient-il pas du mot arabe “Mohcine”? En lieu et place de cette sacro-sainte discrétion, c’est plutôt le mécène qui cherche à s’imposer dans son environnement, s’il s’agit d’une entreprise commerciale, ou à obtenir des retombées sociopolitiques, s’il s’agit de personnalités politiques, de l’Administration ou du monde des affaires.
Et puisque la “Commission de Vérification de la Publicité” prévue par l’article 21 des “Lois et règlements” du décret portant conditions de parrainage, ou sponsoring et de mécénat est introuvable et que tous les coups semblent permis au Faso, chaque publiciste y va de son écart, et il n’y a visiblement pas de filtre à la Régie de la TéNéBreuse. Sauf lorsque des citoyens interpellent le Conseil supérieur de la communication (CSC), comme c’est le cas pour les publicités sur les produits éclaircissants, ou plus récemment sur l’utilisation abusive de l’image d’une petite dans une réclame de motocyclette.
L’exemple le plus intempestif de mécénat déguisé en publicité est sans conteste celui que la société de téléphonie mobile qui sponsorise la diffusion de la série africaine “Ma famille” impose aux téléspectateurs. Non content de prendre le film en otage par la diffusion de toutes sortes de bandeaux, elle se donne le malin plaisir d’annoncer tous les événements et manifestations qu’elle sponsorise. Au-delà de l’intention manifeste de rentabiliser à tout prix son sponsoring, les entrecoupements répétés et désordonnés de l’émission ne sont-ils pas le signe d’un manque de respect pour les téléspectateurs?
Le débat mérite d’être soulevé, surtout dans un contexte où la question du financement des médias apparaît comme un tabou, alors que c’est de sa résolution que doivent naître les nécessaires règles de jeu claires et imposables à tous. Autrement, on ne subira qu’une TéNéBreuse mixture de publicité déguisée.

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