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08.12.2006
Médias d’État, presse dans l’étau
En déclarant en novembre 1984 que “La télévision est le premier pouvoir en France, et non le quatrième”, l’ancien président français Valéry Giscard d’Estaing pensait probablement au pouvoir, jusque-là encore insoupçonné, qu’a ce média de faire et de défaire les hommes politiques. Et cela est d’autant plus vrai que tous ceux qui détiennent une parcelle de pouvoir ne ménage aucun manège pour avoir le bon rôle sur la scène de la télévision. En situation de crise, tous les moyens semblent bons pour tenir les médias d’État en laisse, mais lorsque certains se permettent tous les coups, on perd nécessairement son latin.
Dans le Gbagboland où le bon sens militaro-politico-médiatique n’est plus la chose la mieux partagée depuis septembre 2002, le sort des canards n’est pas des plus enviables. Après la vague de violences contre les journaux de l’opposition et/ou rebelles, c’est désormais au tour des journalistes jugés “infidèles” de subir le martyre d’un imbroglio “y-voit-rien” qui n’a que trop duré. La guéguerre qui secoue désormais la tête de l’exécutif ivoirien a causé des dégâts collatéraux et pas des moindres à la tête des médias d’État.
La confrérie des forçats de la plume, du micro et de la caméra est tombée à la renverse en apprenant, le 26 novembre dernier, la suspension du directeur général du quotidien “Fraternité Matin”, Francis Léon Lébry, de ses fonctions et de la dissolution du conseil d’administration du même organe. Deux jours après, c’est-à-dire le 28 novembre, c’est son homologue de la Radiodiffusion télévision ivoirienne (RTI), Yacouba Kébé, qui connaît le même sort. Au premier, le clan présidentiel reproche d’avoir publié de “fausses informations” au sujet de la rencontre du chef de l’État avec le Premier ministre, tandis que le second se serait rendu coupable d’avoir autorisé la lecture d’un communiqué émanant du Premier ministère. En clair, le crime dont on accuse nos confrères est d’avoir fait leur travail en leur âme et conscience, alors que Gbagbo et ses faucons s’attendaient à ce qu’ils demandent le “bon à diffuser” avant de le faire.
C’est à croire que la liberté de la presse a fait plusieurs pas en arrière. Comme au temps où il fallait obtenir l’autorisation des “guides éclairés” avant d’informer. C’est incontestablement une atteinte grave à la liberté de la presse et au droit d’informer sans autorisation préalable. La levée de boucliers des organisations et de l’opinion internationales n’a pas manqué de le relever.
Mais au-delà des convulsions politiques ivoiriennes, le contrôle des médias d’État par l’inféodation de leurs premiers responsables n’est-il pas le sport favori de plus d’un exécutif sous les tropiques? Dans cette Afrique à la croisée des chemins de la démocratie, la liberté de la presse et le droit d’informer ne sont malheureusement pas encore de véritables acquis. Et si Laurent Koudou Gbagbo peut les piétiner allègrement, n’est-ce pas parce qu’il croit bénéficier d’une situation d’impunité? Malheureusement, la plupart de ceux qui nous gouvernement ont chacun leurs cadavres dans leurs placards ou leurs prisonniers d’opinion dans leurs geôles. Aussi, pour que les médias d’État en général et la télévision en particulier deviennent le premier pouvoir en Afrique, il faut encore que leurs premiers responsables aient un vrai pouvoir. Or, c’est ce qui manque le plus.
15:45 Publié dans Information et relations internationales | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


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