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  • Peut-on tomber les "masques blancs"?

    Ouagadougou, carrefour des rencontres culturelles et des festivals, réclame aussi la paternité des Universités africaines de la communication (UACO). Placé sous l’égide conjoint du ministère de l’Information et du Conseil supérieur de la communication (CSC) avec le soutien de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), ce 3e “rendez-vous du donner et du recevoir” s’est déroulé les 23 et les 24 novembre derniers sous le thème “Savoirs locaux dans la société de l’information: espace d’émergence ou espace d’uniformisation”. Un sujet qui pose la problématique de la promotion de ce qu’on peut considérer comme “la sagesse traditionnelle” dans un contexte où les particularités sont mises à rude épreuve par le rouleau compresseur de la mondialisation.

    Plus que les autres, l’Afrique n’est-elle pas ce vaste champ d’expérimentation de cette épreuve, un continent quasiment en marge de la société de l’information où les populations semblent avoir désespérément perdu l’initiative historique? En s’appuyant sur des titres interpellateurs de Frantz Fanon comme: “Les damnés de la terre” et “Peau noire, masques blancs” ou “Et si l’Afrique refusait le développement?”, ou encore “L’Afrique noire est mal partie” de René Dumont, force est de constater que l’interrogation sur le destin du continent noir n’est pas nouvelle. Les UACO ont le mérite de reposer le problème sous l’angle des Technologies de l’information et de la communication (TIC) qui semblent offrir à toutes les sociétés qui font l’effort de se les approprier, de nouvelles chances de décollage économique, scientifique et culturel.

    En d’autres termes, il est théoriquement possible, grâce à l’effet démultiplicateur des TIC, que l’Afrique parte d’un bon pied. Mais la condition sine qua non de cette renaissance serait un retour aux savoirs locaux. A priori, il s’agit là d’un réalisme qui n’est pas étranger à la sagesse africaine. “Si tu as perdu ton chemin, il ne faut pas courir en avant, mais revenir au point que tu connais”, enseigne un proverbe. Mais combien sont-ils aujourd’hui les Africains qui sont capables d’opérer ce retour aux sources? Telle est la question.

    Il est évident que pour promouvoir les savoirs locaux il faut d’abord que l’intelligentsia africaine y croie. Que valent encore les savoirs locaux dans une Afrique qui est devenue la poubelle des trouvailles les plus saugrenues? Et c’est là où le bât blesse le plus souvent. Une chose est de faire de belles communications sur les plus grandes tribunes du monde, une autre est de transformer ces théories dans le champ du concret. Cette Afrique-là a marre du mimétisme stérile et a besoin de retrouver l’initiative historique si nécessaire à son décollage. Le plus dur n’est pas de le dire mais d’y croire. Or, les masques ont la peau dure.

     

     

  • Et voici les "3B" dans le cinéma burkinabè!

    “La Belle, la Brute et le Berger”. C’est le titre du nouveau long métrage sorti de la bosse (des Films) du Dromadaire et dont la sortie officielle est prévue pour le 29 novembre prochain au ciné Neerwaya. Il s’agit d’un avant-goût du feuilleton policier “Série noire à Koulbi”, duquel il est extrait - et non détaché - et qui présente une histoire d’amour aux allures de tourbillon dans le petit village de Koulbi. Le cœur de Awa, la Belle, s’est enflammé pour Yéro, un Berger qui se montre plus préoccupé par ses brebis que pour une gazelle, si charmante soit-elle. C’est alors qu’entre en scène Baba, une Brute de cotonculteur qui a fini par gagner le gros lot sur lequel le Berger semblait cracher.

    Loin de se réduire à cette seule histoire, le film est une séquence d’amours fous où le chef du village, le vétérinaire et un paysan s’emballent éperdument pour Thérèse la dolotière alors que celle-ci n’a d’yeux que pour Doudou, un tenancier de buvette. A l’instar de tous les perdants en amour, les 3 malheureux prétendants n’en démordront pas. De leurs frustrations naissent des conflits souterrains qui plongent le petit village tranquille de Koulbi dans une série noire de meurtres.

    En attendant le lancement sur le petit écran de la TéNéBreuse du feuilleton “Série noire à Koulbi” à partir de janvier 2007, les Films du Dromadaire ont concocté pour les cinéphiles burkinabè toutes les histoires d’amour du feuilleton en un vrai et unique film: “La Belle, la Brute et le Berger”. C’est “une nouvelle logique de production” à travers laquelle Boubakar Diallo, le boss des Films du Dromadaire, et son équipe ont voulu adapter le feuilleton télévisé pour le cinéma.

    Contrairement à la série policière burkinabè “Le commissariat de Tampy” qui est diffusée sur le petit et le grand écran avec les mêmes épisodes, “Les 3 B” est un trié à part des images de “Série noire à Koulbi” qui traitent de la même thématique: celle de l’amour. L’originalité de l’innovation consiste à offrir aux cinéphiles et aux téléspectateurs les mêmes images dans des contextes différents. Dans le long métrage, les premiers pourront suivre un film réellement entier et complet tandis que les seconds auront droit à des épisodes différents les uns des autres avec toute la dose de suspense qui caractérise les télénovélas.

    Parti pour réaliser un feuilleton policier à la sauce africaine, “Série noire à Koulbi” - qui comprend 30 épisodes de 30 minutes -, les Films du Dromadaire viennent ainsi de faire d’une pierre deux coups. Ainsi, en plus de “Traque à Ouaga”, “Sofia”, “Dossier brûlant”, “Code phoenix” et  “L’Or des Younga”, ils viennent d’offrir aux cinéphiles leurs “3 B”. Espérons qu’ils sauront en raffoler comme la légendaire et très burkinabè trilogie de “La Bière, les Brochettes et la B... ”.

     

  • L’argent a pollué les relations de presse

    Les principes de relations publiques font des médias en général et de la presse en particulier des partenaires très assidus des institutions publiques et privées, des associations, des organisations, des partis politiques… Les seconds ont besoin des premiers pour diffuser leurs messages à l’endroit de leurs publics cibles. Et de ce que les premiers disent ou ne disent pas des seconds dépend l’image que les publics se font d’eux. Aussi, si la presse et les journaleux font l’objet d’une attention particulière de la part de leurs partenaires institutionnels, c’est surtout parce qu’ils constituent un puissant relais. Certains animateurs des médias l’ont tellement bien compris qu’ils n’hésitent pas à se vendre. Parfois très cher.

    En effet, en plus du classique publi-reportage qui permet à toute entreprise ou institution d’acheter un espace dans un journal et un temps d’antenne sur une radio ou une télévision, des animateurs des médias ont eu l’ingénieuse idée d’inventer le “reportage facturé”.  Il s’agit d’un deal cordial qui permet à l’organisateur d’une manifestation de payer ce qu’il convient d’appeler les frais de couverture médiatique. En contrepartie, l’organe de presse fait l’écho de la manif’ en l’enrobant sous la forme d’une information ordinaire; alors que ceci est commandité. La pratique est si répandue qu’elle semble être la règle, même dans les médias qui sont supposés être “indépendants” de toutes les puissances d’argent. Le hic, c’est que dans le flot de nouvelles qui sont données au public, on ne prend même plus le soin de distinguer les reportages payés de l’information.

    Par la force des choses, le “reportage facturé” est devenu un véritable business. Dans certains organes de presse, le plus gros lot des journalistes s’est quotidiennement mobilisé pour cette tâche, qui semble rapporter gros à la caisse de leurs boîtes et de temps en temps à leurs poches.

    Seulement voilà, les bailleurs de fonds rechignent de plus en plus à financer ce type de dépense qu’ils considèrent à raison comme un service qui devrait être désintéressé. Aussi, de restriction budgétaire en restriction, les institutions, les associations et les partis politiques ne sont plus prompts à honorer les factures de couvertures médiatiques et de “prise en charge de journalistes”. Conséquences: il y a des grincements de dents.

    La dernière illustration a été donnée à l’occasion du dernier congrès du CDP. Contrairement à leurs habitudes, les organisateurs de cette grand-messe ont décidé de décliner les factures proforma de couverture médiatique que certains confrères ont voulu leur envoyer. En lieu et place de la traditionnelle demande de couverture médiatique, rien. Mais cela n’a pas empêché les organes de presse de glaner des bribes par-ci par-là.

    Comme on devait s’y attendre, cette dribble astucieuse n’a pas manqué de faire jaser. Même s’il n’y a pas eu officiellement de boycott du congrès du méga parti, le “manque à gagner” est resté en travers de la gorge de plus d’un. La facturation des reportages étant devenue une manne financière, certains organes de presse ne s’imaginent pas de la voir en déperdition ou, au pire, disparaître. Du moins, ils ne sont pas disposés à y renoncer à tous les coups.

    Alors, questions: que deviendront les entreprises de presse si la source de leurs ressources officieuses venait à tarir? D’autre part, les institutions, les associations et les partis politiques qui ont jusque-là habitué les médias à s’abreuver à la source de ce gombo non négligeable seront-elles capables de créer de nouvelles relations de presse plus saines et plus désintéressées? Rien n’est moins sûr. Incontestablement, l’argent a pollué l’atmosphère. Il va falloir repartir sur de nouvelles bases. Mais le plus dur sera de savoir d’où viendra l’initiative de ce délicat mais nécessaire changement de cap au pays des Hommes intègres.