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29.11.2006

L’argent a pollué les relations de presse

Les principes de relations publiques font des médias en général et de la presse en particulier des partenaires très assidus des institutions publiques et privées, des associations, des organisations, des partis politiques… Les seconds ont besoin des premiers pour diffuser leurs messages à l’endroit de leurs publics cibles. Et de ce que les premiers disent ou ne disent pas des seconds dépend l’image que les publics se font d’eux. Aussi, si la presse et les journaleux font l’objet d’une attention particulière de la part de leurs partenaires institutionnels, c’est surtout parce qu’ils constituent un puissant relais. Certains animateurs des médias l’ont tellement bien compris qu’ils n’hésitent pas à se vendre. Parfois très cher.

En effet, en plus du classique publi-reportage qui permet à toute entreprise ou institution d’acheter un espace dans un journal et un temps d’antenne sur une radio ou une télévision, des animateurs des médias ont eu l’ingénieuse idée d’inventer le “reportage facturé”.  Il s’agit d’un deal cordial qui permet à l’organisateur d’une manifestation de payer ce qu’il convient d’appeler les frais de couverture médiatique. En contrepartie, l’organe de presse fait l’écho de la manif’ en l’enrobant sous la forme d’une information ordinaire; alors que ceci est commandité. La pratique est si répandue qu’elle semble être la règle, même dans les médias qui sont supposés être “indépendants” de toutes les puissances d’argent. Le hic, c’est que dans le flot de nouvelles qui sont données au public, on ne prend même plus le soin de distinguer les reportages payés de l’information.

Par la force des choses, le “reportage facturé” est devenu un véritable business. Dans certains organes de presse, le plus gros lot des journalistes s’est quotidiennement mobilisé pour cette tâche, qui semble rapporter gros à la caisse de leurs boîtes et de temps en temps à leurs poches.

Seulement voilà, les bailleurs de fonds rechignent de plus en plus à financer ce type de dépense qu’ils considèrent à raison comme un service qui devrait être désintéressé. Aussi, de restriction budgétaire en restriction, les institutions, les associations et les partis politiques ne sont plus prompts à honorer les factures de couvertures médiatiques et de “prise en charge de journalistes”. Conséquences: il y a des grincements de dents.

La dernière illustration a été donnée à l’occasion du dernier congrès du CDP. Contrairement à leurs habitudes, les organisateurs de cette grand-messe ont décidé de décliner les factures proforma de couverture médiatique que certains confrères ont voulu leur envoyer. En lieu et place de la traditionnelle demande de couverture médiatique, rien. Mais cela n’a pas empêché les organes de presse de glaner des bribes par-ci par-là.

Comme on devait s’y attendre, cette dribble astucieuse n’a pas manqué de faire jaser. Même s’il n’y a pas eu officiellement de boycott du congrès du méga parti, le “manque à gagner” est resté en travers de la gorge de plus d’un. La facturation des reportages étant devenue une manne financière, certains organes de presse ne s’imaginent pas de la voir en déperdition ou, au pire, disparaître. Du moins, ils ne sont pas disposés à y renoncer à tous les coups.

Alors, questions: que deviendront les entreprises de presse si la source de leurs ressources officieuses venait à tarir? D’autre part, les institutions, les associations et les partis politiques qui ont jusque-là habitué les médias à s’abreuver à la source de ce gombo non négligeable seront-elles capables de créer de nouvelles relations de presse plus saines et plus désintéressées? Rien n’est moins sûr. Incontestablement, l’argent a pollué l’atmosphère. Il va falloir repartir sur de nouvelles bases. Mais le plus dur sera de savoir d’où viendra l’initiative de ce délicat mais nécessaire changement de cap au pays des Hommes intègres.

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