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  • Nous sommes aussi des dieux!

    "Nous sommes aussi des dieux", c'est le titre du livre que je mijote depuis quelques années maintenant. Si vous avez des pistes à me suggérer, je serai très édifié de pouvoir co-signer cette oeuvre avec tous ceux qui croient que, comme Victor Cousin que "Les peuples ont toujours ce qu'ils méritent, comme les individus. On peut plaindre les individus si l'on veut, mais il ne faut pas accuser leur destin, car ce sont eux qui le font". 

  • Le destin fatal du 4e pouvoir

    medium_Norbert_Zongo_1.jpgEn immortalisant un pan de la vie de l’émérite directeur de publication de “L’Indépendant” dans le film “Borry Bana, le destin fatal de Norbert Zongo”, l’association Semfilms n’avait probablement pas l’intention de faire œuvre prémonitoire. A l’instar des milliers de défenseurs de la liberté d’expression et de presse scandalisés par le drame de Sapouy - où le journaliste a été cruellement assassiné le 13 décembre 1998 avec ses compagnons d’infortune -, elle a voulu “sauver de l’oubli” la mémoire de Norbert Zongo. Le film a effectivement connu un franc succès en Afrique et au-delà des mers. Mais quelque trois ans après sa sortie, il continue d’être projeté dans une certaine clandestinité qui trahit tout l’enjeu du dossier Norbert Zongo sur le destin des pouvoirs sur qui sont supposés entretenir la flamme de la démocratie et du droit au Burkina Faso.

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    En effet, si Henri Sebgo - le nom de plume de Norbert - a été tragiquement et lâchement fauché le 13 décembre 1998, ce drame n’a fait que renforcer la crédibilité et la justesse de son combat pour la liberté et la justice. Tous - y compris ceux qui l’ont combattu - s’accordent à reconnaître que, de son vivant, HS a été l’exemple parfait du journaliste qui refusa de “bâillonner sa plume”. C’est pourquoi, renchérit le reggaeman ivoirien, Alpha Blondy, dans la chanson “Journalistes en Danger”, “...Zongo est mort, brûlé par le feu”. Curieusement, l’État burkinabè ne semble pas disposé à lui rendre justice.

    Du moins, 8 ans après son tragique assassinat, l’on a assisté à une tragi-comédie judiciaire - et des élucubrations journalistiques - qui a abouti le 19 juillet dernier à la mascarade de “non-lieu” prononcé par le juge d’instruction au bénéfice de l’adjudant Marcel Kafando, l’un des 6 “suspects sérieux” identifiés par la Commission d’enquête indépendante mise en place au lendemain du drame sous la pression de la rue. Ainsi, après la sale besogne des assassins, l’appareil judiciaire burkinabè venait d’étouffer le brin d’espoir qui pourrait permettre de rendre justice au risque incommensurable de Norbert Zongo pour la défense de la liberté de presse et de la vérité sur la mort de David Ouédraogo, le chauffeur de François Compaoré, le petit frère du président du Faso.

    Le “non-lieu” en faveur du dernier et seul inculpé n’est ni plus ni moins qu’“un enterrement de première classe” de l’affaire Norbert Zongo, avait titré notre confrère L’Observateur paalga. D’autres titres comme Le Pays et L’Express du Faso, pour ne parler que de ceux-là, ont respectivement conclu qu’il s’agit-là d’un “Retour à la case départ” et qu’“Ainsi on a boucané deux fois Norbert Zongo”. Pendant pratiquement 4 semaines, l’ensemble de la presse burkinabè s’est étalé sur les conséquences de la fameuse décision judiciaire. Prenant le relais, les organisations associatives et professionnelles ne sont pas allées par quatre chemins pour tirer la sonnette d’alarme sur le destin fatal du métier pour lequel Nobert Zongo a risqué sa vie.

    Aussi le Bureau exécutif fédéral de la Société pour le développement des médias en Afrique (Sodema) avait-il stigmatisé “un tel verdict qui rend un hommage appuyé à l’impunité et qui sonne, hélas! comme une mise en garde aux acteurs de la profession”. Il invitait par ailleurs “les journalistes africains en général et ceux burkinabè en particulier à ne pas baisser la garde et à continuer le combat pour une presse libre au service des populations et du progrès”. Embouchant la même trompette, l’Association des journalistes du Burkina (AJB) et le Syndicat national des travailleurs de l’information et de la culture (Synatic) avaient appelé à “développer des initiatives pour la réouverture effective du dossier Norbert Zongo”.

    Le 20 octobre dernier, l’organisation internationale Reporters sans frontières (RSF) a saisi la balle au rebond en demandant au Procureur du Faso de “rouvrir l’enquête sur l’assassinat du journaliste Nobert Zongo et de trois autres personnes, tués le 13 décembre 1998, en apportant de nouveaux éléments mettant en cause François Compaoré, le frère du chef de l’État, et l’homme d’affaires Oumarou Kanazoé”. Dans une réponse du berger à la bergère, le Parquet s’est empressé, le lendemain, d’arguer qu’il n’y a rien de nouveau dans la requête de RSF. Autrement dit, il n’est aucunement disposé à examiner le faisceau d’indices allumé par Robert Ménard. Or, laisser impuni l’assassinat du journaliste Norbert Zongo n’est guère autre chose que de condamner la presse burkinabè et donc le 4e pouvoir à un certain destin fatal. 

    À 46 jours du 8e anniversaire du drame de Sapouy, le diable est lâché, chaque pouvoir joue des coudes. On verra qui du clan judiciaire ou du pouvoir de la presse aura les derniers mots - ou maux, c’est selon.
  • Les Toiles Animées tissent leur festival à Ouaga

    Du 10 au 15 octobre dernier, Veenem Films de Monica Blanc/Gomez et le Centre culturel français Georges-Méliès ont jeté les premières graines d’un festival de cinéma d’animation à Ouagadougou. Modestement intitulée “Semaine des Toiles Animée”, la manifestation n’est pas moins un véritable événement dans la panoplie des festivals qui jonchent les scènes du pays des Hommes intègres. En effet, dans ce “Carrefour du cinéma africain” qui colle à la capitale burkinabè, le cinéma d’animation était jusque-là un maillon manquant de la grande œuvre cinématographique.

    Le public burkinabè connaît les dessins animés sur le petit écran, mais ce genre était considéré comme du cinéma pour des mioches.

    Et pourtant, en termes d’ingéniosité, il n’y a pas match entre le cinéma d’animation et les autres genres de cinéma. L’affiche d’ouverture de la 1re édition de la Semaine des Toiles Animées en est une illustration incontestable. En effet, la réalisation, en 2003, du film “La Prophétie des grenouilles” du Français Jacques-Rémy Girerd aura duré 6 ans et nécessité 900 000 dessins animés par 200 animateurs. Plus généralement, il faut quelque 24 images pour réaliser seulement une séquence d’une seconde. 5 mn de toiles animées coûteraient la bagatelle de 60 millions de F CFA. Ainsi pour un long métrage de 1h 30 comme le film d’ouverture, il a fallu au réalisateur et à ses collaborateurs un travail titanesque.

    C’est probablement ce qui explique que le cinéma d’animation demeure encore un domaine réservé à des cinéastes audacieux, endurants et surtout très patients. Ceux qui font du cinéma d’auteur savent bien que pour réaliser leur rêve, il faut être un débonnaire à toute épreuve. Mais cela n’a pas empêché la précieuse graine de pousser en Afrique subsaharienne. Le Nigérien Moustapha Alassane en est le pionnier. A l’instar de La Fontaine en littérature, il a su utiliser des animaux comme personnages pour dépeindre des situations sociales, politiques... qu’un cinéaste ne pouvait faire sans risquer la prison ou sa peau! Les festivaliers ont pu déguster certaines de ses œuvres que sont “Samba le grand” (marionnettes animées), Kokoa, La mort de Gandji et Tagimba.

    La première édition de la Semaine de Toiles Animées aura été marquée par des œuvres originales venues du Burundi, du Sénégal, de la République démocratique du Congo, du Kenya, du Mali, de France, et bien sûr du Burkina Faso. On a été agréablement surpris de voir que les œuvres sont inspirées des contes, qui constituent le patrimoine par excellence de l’Afrique. L’autre surprise est venue de la découverte de grands talents de réalisateurs burkinabè incarnés par Cilia Sawadogo, Justin Zerbo, Frédéric Kaboré, Rasmané Tiendrebéogo, Ollo Drissa Kambou. Si la première a exporté son savoir et son savoir-faire au Canada où elle donne des cours de Toiles animées à l’Université de Colombia, tous ont le même combat: imposer le cinéma d’animation en lui assurant une production à moindre coût et surtout une bonne distribution. Vivement que la graine de la 1re Semaine porte beaucoup de fruits et des fruits qui demeurent.