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30.10.2006

Nous sommes aussi des dieux!

"Nous sommes aussi des dieux", c'est le titre du livre que je mijote depuis quelques années maintenant. Si vous avez des pistes à me suggérer, je serai très édifié de pouvoir co-signer cette oeuvre avec tous ceux qui croient que, comme Victor Cousin que "Les peuples ont toujours ce qu'ils méritent, comme les individus. On peut plaindre les individus si l'on veut, mais il ne faut pas accuser leur destin, car ce sont eux qui le font". 

25.10.2006

Le destin fatal du 4e pouvoir

medium_Norbert_Zongo_1.jpgEn immortalisant un pan de la vie de l’émérite directeur de publication de “L’Indépendant” dans le film “Borry Bana, le destin fatal de Norbert Zongo”, l’association Semfilms n’avait probablement pas l’intention de faire œuvre prémonitoire. A l’instar des milliers de défenseurs de la liberté d’expression et de presse scandalisés par le drame de Sapouy - où le journaliste a été cruellement assassiné le 13 décembre 1998 avec ses compagnons d’infortune -, elle a voulu “sauver de l’oubli” la mémoire de Norbert Zongo. Le film a effectivement connu un franc succès en Afrique et au-delà des mers. Mais quelque trois ans après sa sortie, il continue d’être projeté dans une certaine clandestinité qui trahit tout l’enjeu du dossier Norbert Zongo sur le destin des pouvoirs sur qui sont supposés entretenir la flamme de la démocratie et du droit au Burkina Faso.

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En effet, si Henri Sebgo - le nom de plume de Norbert - a été tragiquement et lâchement fauché le 13 décembre 1998, ce drame n’a fait que renforcer la crédibilité et la justesse de son combat pour la liberté et la justice. Tous - y compris ceux qui l’ont combattu - s’accordent à reconnaître que, de son vivant, HS a été l’exemple parfait du journaliste qui refusa de “bâillonner sa plume”. C’est pourquoi, renchérit le reggaeman ivoirien, Alpha Blondy, dans la chanson “Journalistes en Danger”, “...Zongo est mort, brûlé par le feu”. Curieusement, l’État burkinabè ne semble pas disposé à lui rendre justice.

Du moins, 8 ans après son tragique assassinat, l’on a assisté à une tragi-comédie judiciaire - et des élucubrations journalistiques - qui a abouti le 19 juillet dernier à la mascarade de “non-lieu” prononcé par le juge d’instruction au bénéfice de l’adjudant Marcel Kafando, l’un des 6 “suspects sérieux” identifiés par la Commission d’enquête indépendante mise en place au lendemain du drame sous la pression de la rue. Ainsi, après la sale besogne des assassins, l’appareil judiciaire burkinabè venait d’étouffer le brin d’espoir qui pourrait permettre de rendre justice au risque incommensurable de Norbert Zongo pour la défense de la liberté de presse et de la vérité sur la mort de David Ouédraogo, le chauffeur de François Compaoré, le petit frère du président du Faso.

Le “non-lieu” en faveur du dernier et seul inculpé n’est ni plus ni moins qu’“un enterrement de première classe” de l’affaire Norbert Zongo, avait titré notre confrère L’Observateur paalga. D’autres titres comme Le Pays et L’Express du Faso, pour ne parler que de ceux-là, ont respectivement conclu qu’il s’agit-là d’un “Retour à la case départ” et qu’“Ainsi on a boucané deux fois Norbert Zongo”. Pendant pratiquement 4 semaines, l’ensemble de la presse burkinabè s’est étalé sur les conséquences de la fameuse décision judiciaire. Prenant le relais, les organisations associatives et professionnelles ne sont pas allées par quatre chemins pour tirer la sonnette d’alarme sur le destin fatal du métier pour lequel Nobert Zongo a risqué sa vie.

Aussi le Bureau exécutif fédéral de la Société pour le développement des médias en Afrique (Sodema) avait-il stigmatisé “un tel verdict qui rend un hommage appuyé à l’impunité et qui sonne, hélas! comme une mise en garde aux acteurs de la profession”. Il invitait par ailleurs “les journalistes africains en général et ceux burkinabè en particulier à ne pas baisser la garde et à continuer le combat pour une presse libre au service des populations et du progrès”. Embouchant la même trompette, l’Association des journalistes du Burkina (AJB) et le Syndicat national des travailleurs de l’information et de la culture (Synatic) avaient appelé à “développer des initiatives pour la réouverture effective du dossier Norbert Zongo”.

Le 20 octobre dernier, l’organisation internationale Reporters sans frontières (RSF) a saisi la balle au rebond en demandant au Procureur du Faso de “rouvrir l’enquête sur l’assassinat du journaliste Nobert Zongo et de trois autres personnes, tués le 13 décembre 1998, en apportant de nouveaux éléments mettant en cause François Compaoré, le frère du chef de l’État, et l’homme d’affaires Oumarou Kanazoé”. Dans une réponse du berger à la bergère, le Parquet s’est empressé, le lendemain, d’arguer qu’il n’y a rien de nouveau dans la requête de RSF. Autrement dit, il n’est aucunement disposé à examiner le faisceau d’indices allumé par Robert Ménard. Or, laisser impuni l’assassinat du journaliste Norbert Zongo n’est guère autre chose que de condamner la presse burkinabè et donc le 4e pouvoir à un certain destin fatal. 

À 46 jours du 8e anniversaire du drame de Sapouy, le diable est lâché, chaque pouvoir joue des coudes. On verra qui du clan judiciaire ou du pouvoir de la presse aura les derniers mots - ou maux, c’est selon.

18.10.2006

Les Toiles Animées tissent leur festival à Ouaga

Du 10 au 15 octobre dernier, Veenem Films de Monica Blanc/Gomez et le Centre culturel français Georges-Méliès ont jeté les premières graines d’un festival de cinéma d’animation à Ouagadougou. Modestement intitulée “Semaine des Toiles Animée”, la manifestation n’est pas moins un véritable événement dans la panoplie des festivals qui jonchent les scènes du pays des Hommes intègres. En effet, dans ce “Carrefour du cinéma africain” qui colle à la capitale burkinabè, le cinéma d’animation était jusque-là un maillon manquant de la grande œuvre cinématographique.

Le public burkinabè connaît les dessins animés sur le petit écran, mais ce genre était considéré comme du cinéma pour des mioches.

Et pourtant, en termes d’ingéniosité, il n’y a pas match entre le cinéma d’animation et les autres genres de cinéma. L’affiche d’ouverture de la 1re édition de la Semaine des Toiles Animées en est une illustration incontestable. En effet, la réalisation, en 2003, du film “La Prophétie des grenouilles” du Français Jacques-Rémy Girerd aura duré 6 ans et nécessité 900 000 dessins animés par 200 animateurs. Plus généralement, il faut quelque 24 images pour réaliser seulement une séquence d’une seconde. 5 mn de toiles animées coûteraient la bagatelle de 60 millions de F CFA. Ainsi pour un long métrage de 1h 30 comme le film d’ouverture, il a fallu au réalisateur et à ses collaborateurs un travail titanesque.

C’est probablement ce qui explique que le cinéma d’animation demeure encore un domaine réservé à des cinéastes audacieux, endurants et surtout très patients. Ceux qui font du cinéma d’auteur savent bien que pour réaliser leur rêve, il faut être un débonnaire à toute épreuve. Mais cela n’a pas empêché la précieuse graine de pousser en Afrique subsaharienne. Le Nigérien Moustapha Alassane en est le pionnier. A l’instar de La Fontaine en littérature, il a su utiliser des animaux comme personnages pour dépeindre des situations sociales, politiques... qu’un cinéaste ne pouvait faire sans risquer la prison ou sa peau! Les festivaliers ont pu déguster certaines de ses œuvres que sont “Samba le grand” (marionnettes animées), Kokoa, La mort de Gandji et Tagimba.

La première édition de la Semaine de Toiles Animées aura été marquée par des œuvres originales venues du Burundi, du Sénégal, de la République démocratique du Congo, du Kenya, du Mali, de France, et bien sûr du Burkina Faso. On a été agréablement surpris de voir que les œuvres sont inspirées des contes, qui constituent le patrimoine par excellence de l’Afrique. L’autre surprise est venue de la découverte de grands talents de réalisateurs burkinabè incarnés par Cilia Sawadogo, Justin Zerbo, Frédéric Kaboré, Rasmané Tiendrebéogo, Ollo Drissa Kambou. Si la première a exporté son savoir et son savoir-faire au Canada où elle donne des cours de Toiles animées à l’Université de Colombia, tous ont le même combat: imposer le cinéma d’animation en lui assurant une production à moindre coût et surtout une bonne distribution. Vivement que la graine de la 1re Semaine porte beaucoup de fruits et des fruits qui demeurent.

Et si on les jetait par la fenêtre?!

Trois leaders en déplacement...
 
Le président Gbagbo, le président Bédié et le Premier ministre Alassane Dramane Ouattara (ADO) survolent la Côte d’Ivoire à bord d'un jet du GATL.
Gbagbo se tourne vers le petit gros N'zuéba et dit en faisant de l'esbroufe :
"Tu sais, je pourrais jeter un billet de 10 000 F par la fenêtre et rendre une personne très heureuse".
N'zuéba lui réplique :
"Eh bien ! Je pourrais jeter, quant à moi, deux billets de 5 000 F et rendre deux personnes heureuses".
Pour ne pas être en reste, ADO dit :
"Je pourrais jeter dix billets de 1 000 F et rendre dix personnes heureuses".
Le pilote soupire et dit à son co-pilote :
"Non mais tu entends cette bande d'arrogants à l'arrière. Ils ne se rendent pas compte que je pourrais, moi, à mon tour, jeter trois connards à l'instant même par
la fenêtre et rendre des millions de personnes heureuses".
 
Arrête de rire et fait passer le message à ton voisin.medium_Gbagbo-Bedie-Ado.jpg

12.10.2006

Quelle école pour quel journalisme au Faso ?

medium_JJ.gif“Pour des raisons de survie dans leur espace national, les journalistes ont abandonné l’information et se sont mués en communicateurs.” Cette pique du Pr Serge Théophile Balima lancée dans une interview accordée à notre confrère Sidwaya n’a visiblement pas suscité le débat auquel on pouvait s’attendre. Hélas! En homme averti des péripéties et vicissitudes de la profession de journaliste au Faso, il a pensé peut-être provoquer le débat. Mais apparemment personne n’a voulu acheter sa bagarre.

Et pourtant, le professeur a soulevé un problème certes délicat, mais réel et même embarrassant pour un corps de métier à la croisée des chemins. En effet, la recherche du gain a très souvent pris le dessus sur le souci de faire du journalisme de qualité. Dans ce contexte, on ne devrait ménager aucun effort pour organiser des débats constructifs afin de hâter l’avènement d’un statut qui fait tant défaut au journaliste burkinabè. Ce débat devrait même précéder ceux subsidiaires sur la dépénalisation du délit de presse, la convention collective et la carte de presse. Avant de mériter les avantages liés à leur statut, les journalistes doivent d’abord baliser les chemins de leur métier, redresser et dégager toutes les insalubrités qui les empêchent d’être et de faire ce qu’on est en droit d’attendre d’eux. C’est la seule voie pour sortir du misérabilisme qui pousse à tort ou à raison beaucoup de confrères dans les dédales suicidaires de la chasse au gombo.

L’avenir du journalisme au Faso tient visiblement au choix entre deux options. La première sera de rendre plus crédible le métier en y appliquant les règles de l’art. La seconde, intimement liée à la première, est de cultiver contre vents et marées une intégrité à même de booster la revendication d’un statut nécessaire pour vivre un tant soit peu du métier. Sinon, il ne servira à rien de créer des écoles de journalisme. Ce n’est pas le diplôme qui fait le journaliste, mais bien le contraire. La preuve est que même ceux qui sortent des écoles ne font pratiquement pas mieux que ceux qui n’y sont jamais allés.

Lorsque le Blaiso émet l’idée de la création d’institut panafricain d’études et de recherche sur les médias, l’information et la communication (Ipermic) à Ouaga, c’est qu’il reproche encore bien de choses au visage actuel de la presse. A en croire l’intention du projet, cette nouvelle école devrait viser à enseigner une pratique plus professionnelle du journalisme de manière à donner véritablement à ce métier son rôle de 4e pouvoir. C’est un réajustement qui aura pour effet de permettre d’enrichir le débat démocratique tout en donnant l’occasion aux gouvernants d’entendre la voix de tout le peuple afin de proposer des politiques adéquates vers le développement tant souhaité par tous.

En attendant l’Ipermic, nos confrères peuvent commencer à dépoussiérer leurs costumes, remettre de l’ordre dans leur façon d’être et de faire, dénoncer sans aucun sentimentalisme tous les trains qui n’arrivent pas à l’heure et laisser aux communicateurs le rôle des louanges. C’est peut-être le moment de réajustement des vocations avant qu’il ne soit trop tard. Ainsi, les journalistes apporteront effectivement leurs pierres à l’édification de la société d’espérance promise par le Blaiso nouveau.

 

avec

G. John (stagiaire à JJ)

04.10.2006

Gbagbo comme un moustique sur les testicules de Chirac

medium_Chirac-Gbagbo_2.2.jpgA l'épreuve du président Laurent Koudou Gbagbo depuis plus de 6 maintenant, que peut encore Chirac et sa France-à-fric? Apparemment plus rien d'extraordinaire. L'homme fort d'Abidjan l'a tellement bien compris qu'il se joue de tout le monde, surtout de l'Elysée. Le moins que l'on puisse dire c'est Jacques, lui-même en fin de bail, est très embarassé. Le président ivoirien est devenu pour lui comme un moustique posé sur ses testicules. Comme le taper sans se faire mal soi-même, that is the question. L'équation est si complexe qu'on aura tout essayé.  A qui la faute?

La France et Chirac n'ont qu'à s'en prendre à eux-mêmes. Vivement que tous les démons de présidents qu'ils ont fabriqué et entretiennent à la tête des Etats africains se révoltent contre les intérêts. La résistance de Laurent Gbagbo n'est que la conséquence de la large impunité dont ses pairs africains ont toujours bénéficié. Pourquoi s'étonner qu'il ne fasse qu'à sa tête? Houphouët Boigny n'a-t-il pas règner pendant près de 5 décennies sur la Côte d'Ivoire comme si c'était sa propriété privée? Que dire de Mobutu roi du Zaïre, du sergent-chef "généralisé" Etienne Gnassingbé du Togo,...? Les responsables de l'Etat français n'ont-ils pas jusque-là donné l'impression aux africains que n'importe qui peut devenir président de la République sous les tropiques et faire n'importe quoi? Il faut que l'Etat français ait  le courage de dire la vérité sur la merde qu'il sème en Afrique. C'est par là qu'il faut commencer. La dérive ivoirienne n'est que la partie visible de l'iceberg. 

Une rentrée en Récréâtrales

La phase d’accouchement des 4e Récréâtrales s’est achevée en fin de semaine dernière. Place aux planches avec 5 pièces conçues et pétries pendant quelque 9 semaines par des techniciens, scénographes et comédiens venus du Burkina, du Cameroun, de la Côte-d’Ivoire, de la Guyane et du Togo. Du 1er au 8 octobre, l’édition 2006 des Résidences panafricaines d’écriture, de création et de formation théâtrales livre ses fruits au public. Pour la première fois dans sa programmation, le festival s’est ouvert à la veille de la rentrée gouvernementale, parlementaire, syndicale, télévisuelle et judiciaire. Sans être - malheureusement pas encore - l’art qui mobilise le plus, le théâtre s’invite subtilement à une période où la vie reprend son cours au Burkina. Etienne Minoungou et ses récréateurs auraient-ils enfin trouvé la meilleure saison pour semer la graine dans le cœur des Burkinabè? Rien n’est moins sûr.

Et pourtant, ce ne sont pas les créations qui manquent le plus de saveur. En lever de rideau dimanche à l’Espace Gambidi, des inconditionnels des planches ont pu savourer, malgré la fine pluie qui s’est abattue sur Ouagadougou, les subtilités dramaturgiques de la pièce “Mon cancer aux tropiques” de la compagnie Louxor du Togo. Sous les tropiques où l’exil est tragiquement devenu la chose la mieux partagée, Ramsès B. Alfa, dans une mise en scène du texte de Kangni Alem, fouille les poubelles d’une “histoire d’exil rocambolesque, où, sous nos yeux, la puissance d’un homme déifié devient la misère du commun des mortels”.

Chantier scénographique, cadre par excellence de recherches et de pro-création dramaturgiques, les Récréâtrales auront accouché, cette année, de 5 spectacles. En plus de “Mon cancer aux tropiques”, d’autres créations originales sont proposées au public. “Alloh l’Afrique!”, de la compagnie Tropic Expression de Côte-d’Ivoire, retrace les péripéties d’un “acte de retour au pays natal” de deux Africains piégés par dix années d’aventure oiseuse en Europe. Théâtre Acclamations du Burkina Faso, la compagnie hôtesse des Récréâtrales, est allée chercher “De l’amour au cimetière” pour soulager, dans le silence de la mort, l’âme des foules solitaires de nos cités dénudées d’espoir et... d’amour. Quant à elle, la compagnie Théâtre de la Ruche du Cameroun évoque le “Droit de sol” à travers l’impossible retour d’un exilé sans papiers. Enfin, la compagnie “Les menestrels” du Cameroun vole dans les plumes du sentimentalisme en martelant: “Roméo et Juliette... Assez”.

Les Récréâtrales 2006 ont réussi le pari d’avoir ensemencé de nouvelles œuvres théâtrales prêtes à être consommées sur toutes les scènes. C’est tout à l’honneur des initiateurs associés du projet: la compagnie Falinga, Le Théâtr’Evasion du Burkina Faso et le Sokan Théâtre de Côte-d’Ivoire. Et du parrain de la 4e édition qui n’est autre que l’ancien ministre de la Culture du Burkina, Mahamoudou Ouédraogo.

Les Récréâtrâles innovent cette année en joignant les planches à l’écran, à travers une projection de films du 26 septembre au 7 octobre au centre culturel français Georges-Méliès de Ouaga.

 

Cyberescroquerie à forte odeur de “feuilles” faciles

Dans la course contre l’argent dans laquelle la société de consommation nous a engagés, la Toile mondiale est devenue un lieu de prédilection pour des escrocs de tout acabit. Lorsque Internet rime avec une zone de “sans loi” où toutes sortes de falsifications et de camouflages sont permis, rien ne semble désormais arrêter les marchands d’illusions. A Ouagadougou, ils sont désormais légion, des cyberescrocs qui écument les cybercafés, envoient des milliers de messages à toutes les adresses qu’ils arrivent à choper, dans l’espoir d’appâter des pigeons à plumer.

“Paul Comepare” - remarquez la méprise sur son nom -, c’est l’identité de camouflage d’un des cyberescrocs qui fait le tour des cybercafés de Ouagadougou pour recueillir les adresses électroniques. Sa stratégie consiste à copier systématiquement les e-mails des clients du cyber en recourant à l’historique des ordinateurs. En effet, lorsque quelqu’un se déconnecte d’Internet, son mail ne disparaît pas tout de suite de la machine. Il suffit au pirate d’en prendre pour avoir accès à toutes les personnes qui se sont connectés à la machine avant lui. Il y en a même qui entrent dans la boîte électronique des imprudents qui saisissent leur code de sécurité (mot de passe) sur les ordinateurs des cybercafés. L’intégration de cette sphère strictement privée de la boîte électronique donne à l’escroc la possibilité d’avoir accès aux e-mails de tous les correspondants de cette dernière. Le reste ne devient pour lui qu’un jeu d’enfant. Il envoie, à qui mieux mieux, une “Lettre confidentielle” à toutes les adresses qui lui tombent sous la main.

Dans son manège, le cyberescroc, paulcomepare@hotmail.com, se fait passer pour “Le responsable du Département comptabilité de la BANK OF AFRCA BURKINA-FASO”. Pour pêcher ses proies, il écrit: “Au cours d’opérations de contrôle et d’audits, mon département a découvert une somme importante d’argent par hasard .Cette somme a appartenu à un étranger décédé en novembre 2003 dans un accident d’avion. Les fonds dorment dans son compte chez nous sans réclamation de sa famille ou de ses parents avant notre découverte. Personnellement, j’ai maintenu cette information secrète à mon niveau et à celui de mes associés pour permettre de mettre en place un plan qui puisse m’être profitable et trouver des idées pour mettre ce plan en exécution. Cette somme est de $2.500.000 (deux millions cinq cent mille dollars)”.

Le sulfureux Paul Comepare pousse le bouchon de la témérité jusqu’à laisser son numéro de téléphone portable (76 52 90 04) à qui voudrait s’assurer qu’il réside bien à Ouagadougou. Mais il a suffi de l’appeler pour se rendre compte qu’il s’agit d’un Nigérian. Son accent ne trompe d’ailleurs pas. Lorsqu’on tente d’engager une discussion avec lui en français, il se dérobe en répliquant: “je préfère qu’on communique par E-mail”. Un autre escroc s’exprimant uniquement en anglais se dissimule sous l’identité de “Salif Diallo”, répond au mail: “s4d09@hotmail.com” et se dit être du département “Audit et Comptabilité de BANK OF AFRICA (BOA). OUAGADOUGOU BURKINA-FASO.(WEST AFRICA)”.

Plus à l’aise à opérer dans l’ombre, les cyberescrocs ne supportent guère qu’on les découvre.

Ce qui est plus inquiétant c’est que les cyberescrocs, en majorité Nigérians, ne sont pas inquiétés par qui que ce soit, puisqu’ils opèrent à partir de Ouaga, avec une flagrante usurpation d’identité et de fonction qui ne semble guère émouvoir ni la police, encore moins les responsables des institutions bancaires concernées. En attendant une prompte réaction, les cyberescrocs sèment à tout vent des promesses de “feuilles” faciles. Tant pis pour ceux qui se laisseront prendre au piège.

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