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18.10.2006
Les Toiles Animées tissent leur festival à Ouaga
Du 10 au 15 octobre dernier, Veenem Films de Monica Blanc/Gomez et le Centre culturel français Georges-Méliès ont jeté les premières graines d’un festival de cinéma d’animation à Ouagadougou. Modestement intitulée “Semaine des Toiles Animée”, la manifestation n’est pas moins un véritable événement dans la panoplie des festivals qui jonchent les scènes du pays des Hommes intègres. En effet, dans ce “Carrefour du cinéma africain” qui colle à la capitale burkinabè, le cinéma d’animation était jusque-là un maillon manquant de la grande œuvre cinématographique.
Le public burkinabè connaît les dessins animés sur le petit écran, mais ce genre était considéré comme du cinéma pour des mioches.
Et pourtant, en termes d’ingéniosité, il n’y a pas match entre le cinéma d’animation et les autres genres de cinéma. L’affiche d’ouverture de la 1re édition de la Semaine des Toiles Animées en est une illustration incontestable. En effet, la réalisation, en 2003, du film “La Prophétie des grenouilles” du Français Jacques-Rémy Girerd aura duré 6 ans et nécessité 900 000 dessins animés par 200 animateurs. Plus généralement, il faut quelque 24 images pour réaliser seulement une séquence d’une seconde. 5 mn de toiles animées coûteraient la bagatelle de 60 millions de F CFA. Ainsi pour un long métrage de 1h 30 comme le film d’ouverture, il a fallu au réalisateur et à ses collaborateurs un travail titanesque.
C’est probablement ce qui explique que le cinéma d’animation demeure encore un domaine réservé à des cinéastes audacieux, endurants et surtout très patients. Ceux qui font du cinéma d’auteur savent bien que pour réaliser leur rêve, il faut être un débonnaire à toute épreuve. Mais cela n’a pas empêché la précieuse graine de pousser en Afrique subsaharienne. Le Nigérien Moustapha Alassane en est le pionnier. A l’instar de La Fontaine en littérature, il a su utiliser des animaux comme personnages pour dépeindre des situations sociales, politiques... qu’un cinéaste ne pouvait faire sans risquer la prison ou sa peau! Les festivaliers ont pu déguster certaines de ses œuvres que sont “Samba le grand” (marionnettes animées), Kokoa, La mort de Gandji et Tagimba.
La première édition de la Semaine de Toiles Animées aura été marquée par des œuvres originales venues du Burundi, du Sénégal, de la République démocratique du Congo, du Kenya, du Mali, de France, et bien sûr du Burkina Faso. On a été agréablement surpris de voir que les œuvres sont inspirées des contes, qui constituent le patrimoine par excellence de l’Afrique. L’autre surprise est venue de la découverte de grands talents de réalisateurs burkinabè incarnés par Cilia Sawadogo, Justin Zerbo, Frédéric Kaboré, Rasmané Tiendrebéogo, Ollo Drissa Kambou. Si la première a exporté son savoir et son savoir-faire au Canada où elle donne des cours de Toiles animées à l’Université de Colombia, tous ont le même combat: imposer le cinéma d’animation en lui assurant une production à moindre coût et surtout une bonne distribution. Vivement que la graine de la 1re Semaine porte beaucoup de fruits et des fruits qui demeurent.
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