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31.07.2006

En attendant la Télénovela made in Africa

Contrairement au proverbe qui veut que la charité bien ordonnée commence par soi-même, les télévisions africaines en général et burkinabè en particulier ont fait la part belle aux télénovélas importées. Les écrans noirs sont littéralement envahis par ces romans télés à la sauce hispanophone et lusophone dont les téléspectateurs, particulièrement la gent féminine, ont désormais du mal à se passer. A partir de 13 h 30, 19 h 30, 22 h 30 quand commence la diffusion de Rubi, Sublime mensonge et Muneca Brava, la vie s’arrête dans les ménages. Lorsque l’heure des fameux feuilletons coïncide avec un événement important ou même une célébration religieuse, certains accrocs n’hésitent pas à tout sacrifier pour ne rater aucun épisode. Les plus nantis se le font enregistrer, lorsqu’ils n’ont pas le moyen de faire autrement.

Comme on peut le voir, le phénomène des télénovélas brésiliennes, mexicaines et vénézueliennes ont tellement envahi nos écrans qu’il semblait impossible d’avoir et de voir autre chose à leur place. Ceux qui l’ont inventé, il y a environ 40 ans au Brésil, sont agréablement surpris par le raz-de-marée non seulement dans toute l’Amérique latine, mais également en Europe, en Asie et en Afrique.

Mais s’il est vrai que rien ne résiste au charme ravageur de la télénovéla, doit-on conclure qu’il n’y a plus de place pour les séries télévisées made in Africa ou que les téléspectateurs africains ne sont plus capables d’aimer et de vivre avec la même intensité les émotions d’acteurs locaux, mis en scène par des réalisateurs de leur terroir? Pour parler plus localement, les acteurs du cinéma burkinabè ont-ils l’audace de rivaliser avec leurs confrères sud-américains qui inondent leur marché par TV-Globo interposés? Enfin, jusqu’où la télévision nationale du Burkina peut-elle aller dans l’ouverture à des séries made in Burkina tout en maintenant son propre équilibre financier?

Ce sont là autant d’interrogations qui méritent d’être soulevées au moment où des réalisateurs et producteurs burkinabè pointent sérieusement le nez dans un secteur qui semblait jusque-là une chasse gardée ou un domaine réservé (c’est selon). Rien qu’en cette année 2006 on a vu poindre deux téléfilms à la sauce burkinabè: “Commissariat de Tampy”, réalisé et produit par Missa Hébié et “3 hommes 1 village” réalisé par le tandem Issa Traoré de Brahima et Idrissa Ouédraogo et produit par Aminata Diallo-Glez.

Alors que le premier se fait toujours attendre par les téléspectateurs, le second a livré ses prémices jeudi dernier. Les deux ont frappé à la porte de la TéNéBreuse et espèrent apporter un peu plus de couleurs locales au petit écran. Lentement mais sûrement, les professionnels se mettent au diapason et affichent leurs ambitions. Peut-être qu’avec un peu plus de mécénat, le “carrefour du cinéma africain” deviendra aussi le creuset de la télénovela africaine.

 

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