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13.07.2006

Ces films qui ne nous regardent pas assez!

Du 13 au 16 juillet, l’association Semfilms installe, pour la deuxième fois consécutive, ses quartiers du "Ciné Droit Libre" à Ouagadougou. Ce festival, axé cette année sur le thème "Médias et conflits en Afrique", tire son originalité du fait qu’il se consacre aux films documentaires traitant des problèmes de droits humains et de liberté de la presse. Il se particularise également par le fait qu’il fait la part belle aux œuvres frappées d’une manière ou d’une autre d’anathème dans le pays d’origine de leurs réalisateurs.

Fidèle à la tradition, la 2e édition du "Ciné Droit Libre" va décerner, cette année encore, au "meilleur projet de film documentaire sur les droits humains et la liberté de la presse" un prix d’une valeur de 2 millions de F CFA. Une manière pour Semfilms de donner un coup de fouet à ce genre cinématographique très peu pratiqué sous les tropiques.

Les cinéphiles de Ouagadougou auront droit à des films dont les titres sont aussi agitateurs qu’interrogateurs. Mieux, Kim Longinotto a fait le déplacement avec son "Sisters in law", Djamel Tahi sera là pour répondre des interrogations des cinéphiles sur "Sida le doute!", on reparlera avec Joseph Gaye Ramaka de "Et si Latif avait raison" et avec Thierry Michel de "Mobutu, roi du Zaïre", etc. Pendant 4 jours le public ouagalais aura plein les yeux des films qui décrivent, explicitent et documentent les réalités africaines de non droit, de bafouement de la dignité humaine, de musellement de la presse et de piétinement de la liberté d’expression. Bref, la liberté reprend ses droits grâce au 7e art, il n’y aura pas de sujet tabou à Ouagadougou.

Mais les organisateurs du festival "Ciné Droit Libre" ne devraient pas perdre de vue la question essentielle: faire en sorte que le genre documentaire axé sur les droits humains et la liberté de la presse s’impose sur les grands et petits écrans en Afrique. Il n’est un secret pour personne que le cinéma, tel qu’il se fait aujourd’hui, se contente de produire des films qui sont assez étrangers au vécu des populations, ne reflète pas assez leur monde. En somme, le cinéma africain n’est pas assez documenté sur notre époque, nos rêves brisés, nos espoirs assassinés et sur les idéologies qui font et défont le continent. Des films qui permettent aux populations de s’informer et d’ouvrir des discussions sur la réalité qu’elles subissent, voilà ce qui manque le plus sur les écrans noirs. 

"Ciné Droit Libre" a sans doute le mérite de poser les jalons de ce qui pourrait au fil des années devenir la tribune par excellence des œuvres qui naissent envers et contre tous, des films qui redonnent vie à la parole et à la réflexion, malgré les frustrations ambiantes. Pour ce faire, la production de documentaires thématiques doit devenir un pari sur l’avenir, un défi aussi bien pour les réalisateurs du grand écran que de la télévision.

Au-delà des débats et des ébats d’un festival, c’est un déficit du cinéma africain que l’association Semfilms tente de combler. Mais pour que le film documentaire devienne un acte de résistance et donc de combat pour les droits humains et la liberté de la presse, il faut encore que les producteurs, les distributeurs sortent des sentiers battus de la conception, de la réalisation… et du financement. Il faut que nos grands et petits écrans se libèrent tôt ou tard des chaînes et schémas lénifiants qui font que les héros les plus adulés des enfants d’Afrique sont encore des hommes et des femmes blonds aux yeux bleus ou verts au lieu d’être Mandela, Lumumba, N’Krumah, Sankara ou Norbert Zongo. Ainsi, grâce à la magie et à la machine du 7e art, une autre Afrique peut naître dans l’esprit des Africains,…et un "autre monde est possible" selon le vœu ardent des organisateurs du festival "Ciné Droit Libre".

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