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  • T'es foutu, si t'es pas foot!

    La grand-messe du foot a allumé ses cierges depuis le 9 juin sur les bords du Rhin. Même si son équipe nationale n’a pas eu la chance de prendre part à la phase finale de la 18e Coupe du monde, le Burkina n’a pas moins les yeux rivés sur les différents matchs qui se disputent en Allemagne. Contrairement aux Algériens et Marocains qui ont failli en être privés, les fous de foot du Faso n’ont eu aucun souci à se faire quant aux droits de diffusion. Bien au contraire. La TéNéBreuse a même chamboulé son programme pour dérouler le tapis rouge au “sport roi”. Tant pis pour ceux qui n’aiment pas le foot. Ils n’ont qu’à aller voir ailleurs ou faire contre mauvaise fortune bon cœur.

    Le “grand événement” c’est le Mondial. Et la télévision nationale n’a pas hésité à y consacrer plus de la moitié de ses heures d’émission. Pour la circonstance, le journal télévisé de la mi-journée est ramené à 12h et le “20 heures” ne passe qu’aux environs de 21 heures 30. Pire, une coupe sombre a été opérée dans le programme des journaux en langues nationales pour faire toute la place à la coupe du monde. Certaines télénovélas ne pouvant pas être casées dans la tranche congrue qui reste du programme ont été élaguées au grand dam des dames qui en raffolaient. Quand on sait que la plupart d’entre elles n’avaient d’yeux pour la télé que pour ces feuilletons, l’on comprend que le Mondial les fout carrément au pôle nord.

    Ce n’est pas seulement les fans de télénovélas ou ceux qui s’en foutent du foot qui paient le plus lourd tribut au Mondial. Le revers de cette grand-messe télévisée est certainement la désertion des bureaux et autres lieux de travail. L’heure normale de boulot dans l’Administration publique étant de 8 heures à 10 heures pour la plupart des fonctionnaires peinards, ceux qui rechignaient à revenir l’après-midi ont désormais le prétexte de la coupe du monde pour rester devant leur télé. Les tenanciers de bars et autres proprios de maquis ont tellement compris l’aubaine du Mondial qu’ils ne se sont pas fait prier pour déplacer leurs vieux postes de télé à leurs lieux de travail. On ne peut pas leur reprocher d’avoir suffisamment d’imagination pour attirer ou retenir ceux qui n’ont pas envie de travailler. Qui est fou? Tant pis si le football vient donner du piment à l’opium du peuple.

    Les responsables de la télévision nationale croient, en toute bonne foi, “partager du plaisir” à travers la diffusion intégrale des matchs du Mondial. Cela paraît d’autant plus normal que la TéNéBreuse se considère comme “La chaîne au cœur des grands événements”. Mais il suffit de jeter un coup d’œil sur les grandes chaînes internationales pour se rendre compte que l’actualité ne s’arrête pas au seul foot. Des fous de foot trouveront toujours intérêt à vouloir regarder toutes les rencontres à la télé, mais avait-on vraiment besoin de mettre tout le programme de la télévision nationale en coupe réglée? A qui profite réellement cette inflation de transmission? N’aurait-il pas été plus judicieux de se contenter de quelques matchs d’intérêt populaire tels que ceux des équipes africaines en attendant peut-être les finales?

    Aussi longtemps que les autorités ne diront pas ce que coûtent effectivement les droits de retransmission et comment elles font pour y faire face, personne ne comprendra rien à l’enjeu du Mondial télévisé. Ce qui est au moins sûr, c’est que tout le monde n’y gagne pas. A force d’avoir la coupe du monde plein les yeux, on finit par ne plus en voir l’impact négatif sur une économie nationale déjà très mal en point.

  • A qui profite le journalisme du tube digestif?

    Sacré Blaise Compaoré! Invité du 9 au 11 mai dernier à Kigali par son homologue rwandais à l’occasion de la 6e session du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP), le président burkinabè n’a pas manqué de jeter une pierre dans le jardin de la presse africaine. “...Certains journalistes pensent qu’il faut créer un journal pour manger un peu. Il faut des journalistes professionnels pour diffuser des informations, informer le peuple”, avait-il répondu, en substance, à la question d’un journaliste sur le rôle des médias dans la bonne gouvernance. Un véritable coup de patte que l’enfant terrible de Ziniaré a tenté d’adoucir par l’annonce d’un projet “d’école africaine de formation de journalistes professionnels à Ouagadougou”.

    On n’a pas besoin de chercher midi à quatorze heures. Pour le Blaiso, les maux de la presse africaine n’ont d’autre cause que le manque de professionnalisme. Sans s’embarrasser de rhétorique, il s’autorise même une critique assez véhémente de la race des journalistes gomboïstes, pour emprunter le jargon du milieu. “Créer un journal pour manger un peu” ne serait donc autre chose que de se servir du titre et du statut du journaliste - lorsqu’il existe - pour se servir. A l’instar des politiciens qui créent des partis dans la perspective de se remplir la panse au lieu d’aider leur peuple à sortir de la misère. La comparaison est d’autant plus édifiante que si le président du Faso semble plus familier des seconds, il montre qu’il n’ignore pas les mécanismes de “mangement” des premiers. 

    Les journalistes tube-digestivistes, le Blaiso les connaît donc. On peut même supposer, sans le risque de se tromper, qu’il doit souvent avoir affaire à eux. N’est-ce pas dans les couloirs des palais présidentiels que ce type de journalistes prospère le plus? Qui, mieux que les chefs d’Etat africains, sont les bailleurs de ces canards qui n’ont d’autres obsessions que de manger gras et de boire frais? Le journalisme à l’eau de rose et l’information tamisée sur du papier glacé et couché, Blaise Compaoré en sait certainement plus qu’il en a parlé à Kigali.

    C’est heureux que ce soit le chef de l’Etat burkinabè qui donne ce coup de pied dans la fourmilière. Les plus grandes misères de son régime ne sont-elles pas venues de l’élimination tragique d’un journaliste qui ne demandait qu’à faire son travail, un journaliste dont le professionnalisme est reconnu par la plupart de ses confrères? Serait-ce parce que Norbert Zongo avait refusé de “manger un peu” qu’il a été précipité dans le gouffre du silence? Jusqu’où Blaise Compaoré serait-il prêt à assumer et à assurer le journalisme professionnel dans son propre pays?

    Pour le Blaiso et pour la plupart de ses pairs africains, il est probablement plus facile de créer une école professionnelle de journalistes que d’en assumer toutes les implications et conséquences. En cela, les contre-exemples sont aussi légion que ceux de nos confrères qui créent des journaux pour “manger un peu”. D’ailleurs, ce ne sont pas les écoles de journalisme qui manquent le plus sous les tropiques, mais bien ce modus vivendi qui permette à la presse de jouer véritablement son rôle de contre-pouvoir et de chien de garde de la bonne gouvernance et de la démocratie.

    Au-delà de ce coup de patte lancé à la presse africaine à Kigali, Blaise Compaoré a certainement le mérite d’avoir jeté un pavé dans la mare. Dommage que cela n’ait provoqué aucune forme d’onde de choc au-delà du cercle fermé de la conférence de presse animée par Paul Kagamé et son homologue burkinabè.

  • Quel destin pour les clandestins?

    C’est un secret de Polichinelle que d’affirmer que l’équation de l’immigration clandestine donne de sérieuses migraines aux gouvernants du Nord et du Sud. En attendant le très contesté remède de Sarko, le tonitruant ministre français de l’Intérieur, c’est la diplomatie espagnole qui est rudement mise à l’épreuve dans le rapatriement peu orthodoxe des clandestins sénégalais des îles des Canaries.

    Pour obtenir l’adhésion des 99 immigrés vers leurs pays, la police ne s’est pas embarrassée d’autre forme de méthode que de les menotter et de leur faire croire qu’ils étaient transférés vers l’Espagne continentale. Le pot aux roses a été découvert et ce retour au pays natal peu respectueux de la dignité humaine n’a pas manqué de laisser un goût amer dans les relations sénégalo-espagnoles.

    Dakar a suspendu, jeudi dernier, sa coopération avec Madrid qui espérait faire un ménage incognito sur les côtes canariennes où plus de 7 000 clandestins ont été interpellés dans le courant de cette année contre 5 000 pour toute l’année dernière.

    Suite à ce couac, le Premier ministre José Luis Rodriguez Zapatero doit désormais et impérativement revoir son fameux “Plan Afrique” destiné à améliorer les relations entre le gouvernement et les pays d’Afrique de l’Ouest, “pourvoyeurs” d’immigrants clandestins. Madrid se propose de faciliter les rapatriements des hors-la-loi et de fixer les éventuels candidats en contribuant substantiellement au développement de leurs pays d’origine.

    Ainsi, face au mal de l’immigration clandestine, l’Espagne n’a pas trouvé mieux que l’aide au développement. Une solution nécessaire. Mais sera-t-elle suffisante pour changer le destin de ces milliers d’Africains qui n’en voient pas d’autre que celui d’être clandestins en Europe? Rien n’est moins sûr. Le rêve de l’eldorado n’est-il pas un plat qui se mange plutôt chaud?