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12.06.2006

Pauvreté suicidaire

Décidément, le pétrole ne fait pas bon ménage avec la pauvreté, et pour cause. La faim sacrée du brut n’a pas fini de faire des malheurs sur le continent noir. Jeudi dernier, une quarantaine de Béninois se sont fait incinérer en siphonnant un camion-citerne. Triste sort que celui de ces habitants de Borga, à la frontière du Burkina Faso, qui croyaient ainsi améliorer leur quotidien en pompant quelques litrons du fourgon en panne. Erreur. L’appât du jus gratis leur a fait oublier le caractère extrêmement inflammable du liquide qui chuintait. En plus des morts calcinés sur-le-champ, plus de 80 personnes regretteront pour toute leur vie d’avoir joué avec le feu. Ignorance, avidité excessive ou goût exagéré du risque ? Ceux qui ont rapporté la scène ont vite fait d’accuser dame pauvreté. Mais le hic, c’est que ce n’est pas la première fois que des gens de cette région de l’Afrique de l’Ouest se laissent ainsi pousser au suicide collectif. Au Nigeria voisin, cela est devenu si légion qu’il y a peut-être lieu de se demander si le danger que représente le siphonnement des pipelines et des camions-citernes est suffisamment entré dans les mœurs. En mai dernier, ce sont 200 personnes qui ont payé de leur vie l’explosion d’un oléoduc que des trafiquants ont détourné pour tirer leur part de brut dans la banlieue de Lagos, la capitale économique du pays le plus peuplé d’Afrique. On estime à près de 2000 le nombre de victimes carbonisées du trafic de pétrole entre 1998 et 2003. Une hécatombe largement au-dessus de celle causée dans la même période par la famine en Ethiopie.

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