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12.06.2006
A qui profite le journalisme du tube digestif?
Sacré Blaise Compaoré! Invité du 9 au 11 mai dernier à Kigali par son homologue rwandais à l’occasion de la 6e session du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP), le président burkinabè n’a pas manqué de jeter une pierre dans le jardin de la presse africaine. “...Certains journalistes pensent qu’il faut créer un journal pour manger un peu. Il faut des journalistes professionnels pour diffuser des informations, informer le peuple”, avait-il répondu, en substance, à la question d’un journaliste sur le rôle des médias dans la bonne gouvernance. Un véritable coup de patte que l’enfant terrible de Ziniaré a tenté d’adoucir par l’annonce d’un projet “d’école africaine de formation de journalistes professionnels à Ouagadougou”.
On n’a pas besoin de chercher midi à quatorze heures. Pour le Blaiso, les maux de la presse africaine n’ont d’autre cause que le manque de professionnalisme. Sans s’embarrasser de rhétorique, il s’autorise même une critique assez véhémente de la race des journalistes gomboïstes, pour emprunter le jargon du milieu. “Créer un journal pour manger un peu” ne serait donc autre chose que de se servir du titre et du statut du journaliste - lorsqu’il existe - pour se servir. A l’instar des politiciens qui créent des partis dans la perspective de se remplir la panse au lieu d’aider leur peuple à sortir de la misère. La comparaison est d’autant plus édifiante que si le président du Faso semble plus familier des seconds, il montre qu’il n’ignore pas les mécanismes de “mangement” des premiers.
Les journalistes tube-digestivistes, le Blaiso les connaît donc. On peut même supposer, sans le risque de se tromper, qu’il doit souvent avoir affaire à eux. N’est-ce pas dans les couloirs des palais présidentiels que ce type de journalistes prospère le plus? Qui, mieux que les chefs d’Etat africains, sont les bailleurs de ces canards qui n’ont d’autres obsessions que de manger gras et de boire frais? Le journalisme à l’eau de rose et l’information tamisée sur du papier glacé et couché, Blaise Compaoré en sait certainement plus qu’il en a parlé à Kigali.
C’est heureux que ce soit le chef de l’Etat burkinabè qui donne ce coup de pied dans la fourmilière. Les plus grandes misères de son régime ne sont-elles pas venues de l’élimination tragique d’un journaliste qui ne demandait qu’à faire son travail, un journaliste dont le professionnalisme est reconnu par la plupart de ses confrères? Serait-ce parce que Norbert Zongo avait refusé de “manger un peu” qu’il a été précipité dans le gouffre du silence? Jusqu’où Blaise Compaoré serait-il prêt à assumer et à assurer le journalisme professionnel dans son propre pays?
Pour le Blaiso et pour la plupart de ses pairs africains, il est probablement plus facile de créer une école professionnelle de journalistes que d’en assumer toutes les implications et conséquences. En cela, les contre-exemples sont aussi légion que ceux de nos confrères qui créent des journaux pour “manger un peu”. D’ailleurs, ce ne sont pas les écoles de journalisme qui manquent le plus sous les tropiques, mais bien ce modus vivendi qui permette à la presse de jouer véritablement son rôle de contre-pouvoir et de chien de garde de la bonne gouvernance et de la démocratie.
Au-delà de ce coup de patte lancé à la presse africaine à Kigali, Blaise Compaoré a certainement le mérite d’avoir jeté un pavé dans la mare. Dommage que cela n’ait provoqué aucune forme d’onde de choc au-delà du cercle fermé de la conférence de presse animée par Paul Kagamé et son homologue burkinabè.
17:34 Publié dans Politique africaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


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