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23.05.2006

TéNéBreuse politisation de la politique

Plus que jamais le sport est devenu un allié incontournable de la politique au Faso. Ceux qui nous gouvernent ou aspirent à le faire l’ont tellement compris qu’ils parrainent ou marrainent à tour de bras des compétitions sportives dont le vrai enjeu n’est autre que politique. Ils font feu de tout bois et c’est de bonne guerre. Mais le hic, dans ce jeu des ombres, est que le magazine des sports de la télévision nationale est littéralement pris en otage par des politiciens en manque de visibilité.

En lieu et place de reportages, comptes rendus de rencontres sportives et autres résultats de matchs, le rendez-vous sportif des lundis et vendredis est devenu une autre tribune de meetings politiques. Les coupes de députés, de ministres, de maires et autres prétendants aux strapontins ont fini par ravir la vedette au championnat national de football, sans compter les autres compétitions sportives, qui, à force d’être pratiquées en vase clos, finissent par devenir l’ombre d’elles-mêmes.

Pendant ce temps, le service sportif de la TéNéBreuse pompe allègrement les images de championnats européens pour agrémenter la page étrangère du magazine des sports. Comme si les spectateurs d’ici n’avaient droit qu’à ces “coupes” insipides où l’enjeu politicien tue le jeu. Comment peut-on faire la promotion du sport de haut niveau si notre télévision passe le plus de son magazine des sports à faire les plus gros plans sur des manifestations politico-mercantiles qui se camouflent sous des appellations de compétitions politiques?    

Comme l’a si bien relevé Gilbert Cesbron, “la télévision fabrique de grands hommes pour petites gens”. Et tous ceux qui gèrent un espace de pouvoir le savent très bien. Aussi, lorsqu’un homme politique ou opérateur économique accepte de parrainer un événement sportif, c’est d’abord parce qu’il est sûr d’en tirer des dividendes pour son positionnement actuel ou futur. C’est à juste raison qu’ils font feu de tout bois, sautent sur toutes les occasions qu’on leur offre pour se mettre en valeur. Logiquement, ce n’est donc pas les parrains et autres donateurs de coupes qui refuseraient le bonus de voir passer leurs manif’ à la télé. 

La politisation du magazine des sports n’est ni plus ni moins qu’un piège dans lequel la TéNéBreuse est tombée. En voulant partager, sans ménagement, le plaisir à des politiciens naturellement insatiables, le service des sports de la télévision nationale semble aujourd’hui confronté à un dilemme. Mais jusqu’à quand le téléspectateur, qui a aussi droit à un “plaisir partagé” bien ordonné, doit subir ce jeu de dupes qui consiste à lui présenter des manifestations politiques déguisées en compétitions sportives?

L’on se souvient que lorsque la télévision nationale est montée sur le satellite pour porter plus haut les images du Burkina, tout le monde s’est accordé qu’elle n’avait plus droit à l’erreur. Elle devrait se donner les moyens et les coudées franches pour présenter des images compétitives. Force est de constater qu’une de ses émissions phares, le magazine des sports, est à la croisée des enjeux. Le sinistre des Sports, Jean-Pierre Palm-Beach, a montré la voie en nettoyant les écuries de supporters. Il faut peut-être que son collègue de l’Information aussi reçoive l’ordre de mettre de l’ordre dans la médiatisation du sport. Il n’est jamais trop tard pour faire autrement, surtout si on veut bien faire.

20.05.2006

Faut-il brûler Sarkozy?

 

Voici une lettre édifiante du franco-béninois Olympe Bêly-Quenum que je ne pus m'empêcher de partager. Des lettre comme ça, il en faut beaucoup, surtout à l'endroit d'une certaine opinion française qui croit trop facilement que les nègres sont des nez-percés. Loin de moi tout esprit de m'opposer à une quelconque loi sur "l'immigration choisie". Je crois qu'il aurait plus de bonheur à vivre en Afrique si certains irresponsables de l'Etat français ne continuait pas à entretenir la racaille politique qui nous gouverne. Au nom d'un intérêt égoïste que des gens comme Sarkozy feignent de ne pas voir. Lisez plutôt la lettre du grand frère..

MONSIEUR  NICOLAS SARKOZY AU BÉNIN

 

Par  Olympe BHÊLY-QUENUM

 

Revenir à soi, ce n’est pas s’installer chez soi, fût-on dépouillé de tous acquis ;

c’est, comme un étranger, être pourchassé jusqu’à chez soi,

contesté dans son identité et dans sa pauvreté même.

 

Emmanuel Levinas.

Entre-nous. Essais sur le penser-à-l’autre.

 

 

Monsieur Nicolas SARKOZY, ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur, président de l’UMP effectuera un voyage au Bénin ; à quel titre ? ministre d’Etat ? président d’un parti politique ? touriste ? S’il y est en tant que touriste, il n’y aura aucune différence entre lui et les autres touristes ; président d’un parti politique français, il y sera accueilli par les militants de ce parti présents sur le sol béninois, qu’ils soient Africains ou Blancs : le Bénin est un pays d’accueil, de courtoisie et de gentillesse ; les tout premiers Blancs débarqués sur la terre de nos ancêtres les Nègres étaient Portugais et une foultitude de leurs descendants y vivent de générations en générations depuis des siècles. Ce n’est pas au Bénin qu’on ferait une dichotomie entre les citoyens béninois en montrant du doigt une catégorie spécifique.

Je souhaite que monsieur Nicolas Sarkozy, s’il venait au Bénin en tant que ministre d’Etat représentant de la France, qu’il y soit reçu avec la courtoisie et la gentillesse qui, avec la béninoiserie, sont des idiosyncrasies de notre peuple ; sans plus : pas de danses traditionnelles, ni liesse populaire, etc. Il y va de la fierté et de la dignité de notre peuple de ne jamais s’incliner devant quelqu’un, ni de se réjouir en l’accueillant, après qu’il a eu péroré par deux fois : «Il y a plus de médecins béninois exerçant en France qu’au Bénin ».

 

On ne sait pas si monsieur Sarkozy rentrait d’un voyage en Afrique où il aurait subi une agression de mouches tsé-tsé, quand il a eu l’idée géniale de pointer son index vers la catégorie de citoyens français que sont en France les médecins béninois ; le Dahomey, devenu Bénin, était une colonie française ; si le droit d’aînesse existait dans la nationalité française, il serait opportun de souligner que nombre des médecins béninois exerçant en France sont Français avant monsieur Sarkozy. Voilà une réalité qu’on ne devrait pas oublier, mais foin d’une telle réalité quand le mépris et la xénophobie sont en action dans le tréfonds de ceux qui, à pas feutrés, avancent vers la xénophobie, l’exclusion et un racisme caractérisé en parlant d’immigration sélective, d’intégration, et tutti quanti.

 

Les propos de monsieur le ministre de l’Intérieur m’avaient fait réagir en soulignant qu’après les médecins, ce serait les avocats, les ingénieurs, les retraités béninois qui seraient plus nombreux en France qu’au Bénin natal ; monsieur Sarkozy aurait-il omis que ces médecins-là sont français ? Il est vrai qu’ils sont avant tout des Nègres ; monsieur le vicomte de Villiers lui a vite emboîté le pas. Birds of a feather flock together ; je préfère le dicton anglais au français « qui se ressemble s’assemble » :  physiquement, physiologiquement, monsieur Sarkozy et monsieur le vicomte de Villiers sont les deux faces d’une médaille ; mais sur le plan politique, leur feather, leur plumage, c’est de plus en plus blanc bonnet et bonnet blanc ; alors ils se copient, expriment les mêmes idées dans leurs caresses aux électeurs de droite et de l’extrême droite, recourent au même vocable en parlant des pays africains, notamment du Bénin.

A Télé Matin (France 2) monsieur le vicomte a fait état de l’aide que lui-même ou la Vendée apporte au Bénin où il fut heureux d’être accueilli par de petits Béninois agitant le drapeau français. Je ne fais jamais ostentation de mes dons ; en parler à la télévision est vaniteux. Qui, au Bénin,  avait demandé quoi à monsieur de Villiers? Voilà qui me révolte et j’exhorte mon pays à cesser d’accepter des dons permettant de l’humilier.   

 

Le candidat Yayi Boni faisait sa campagne électorale en ressassant le mot Changement ; j’ai appelé le peuple à voter massivement pour Yayi Boni ; l’ex-candidat élu président de la République du Bénin devrait…doit prouver qu’il y a un début de changement, en n’invitant pas le peuple à se mettre en liesse pour accueillir celui qui avait montré du doigt, comme s’ils étaient des pouilleux, des galeux, des mafieux, les médecins béninois dont les grands-pères, pères ou oncles avaient, au nom de la France alors Mère Patrie, fait des guerres qui n’étaient pas celles des Nègres ; ceux qui y ont été zigouillés l’ont été à la merci de cette Mère Patrie ; les rescapés, diminués, éclopés, perçoivent de honteuses retraites discriminatoires.

 

Il faut le dire aussi : si, non seulement l’œil en coin, mais aussi en pérorant, un ministre de l’Intérieur français attire l’attention du peuple français sur des Africains, citoyens français parfaitement en règle avec la législation de l’ex-Mère Patrie, il serait temps que, légitiment, les chefs d’Etat africains se préoccupent des sans-papiers Gaulois qui sont légion en Afrique : huit ans d’enquêtes sociologiques sur le terrain objectif m’avaient permis d’appréhender ce problème sommairement décrit dans un roman (C’était à Tigony, édits Présence Africaine) dont quarante-cinq exemplaires envoyés (service de presse) à des journaux de l’Hexagone l’ont été en pure perte ; je le savais mais il faut l’expliciter : il y a des problèmes africains auxquels ne devraient pas toucher les écrivains africains qui ne caressent pas dans le sens du poil, n’exécutent pas des ronds de jambe et abhorrent la servilité.

 

Benoît Illassa a vu juste en écrivant, à propos de ma riposte contre la déclaration de monsieur Sarkozy : « Seul le doyen Olympe B. QUENUM avait alors pris sa plus belle plume pour écrire aux journaux français. Depuis, il a été censuré par les médias français. »

Je remercie mon compatriote de rappeler l’attitude des médias français à ce sujet ; mais mieux qu’une censure, l’ostracisme remonte à la publication de C’était à Tigony ; voici ce que j’écrivis au Rédacteur littéraire d’un quotidien parisien que je lisais depuis sa création, dont j’étais un abonné et que je ne lis plus  :

 

« Garrigues-Sainte-Eulalie, 28 octobre 01.

 

« […] Pour ne pas aller trop loin dans les témoignages de gentillesse, je citerais une personnalité du Haut lieu qui préfère garder l’anonymat :

« …votre Dorcas est magnifique ; splendide, Myriam l’Ethiopienne qui déclame en hébreu le Cantique des Cantiques et la Haggadah ; vous donnez, cher Ami, l’impression d’avoir connu vos personnages ainsi que le terrain sur lequel vous les faites agir ; j’ai beaucoup apprécié la pertinence de l’ observation d’Aristote et l’esprit d’à-propos de ce journaliste irlandais ; bref, votre roman, très charpenté, est beau, fort bien écrit et, vous connaissant un peu, j’ose dire que son efficacité tient de votre personnalité…A cause du cynisme avec lequel vous avez peint ce Gaëtan chargé de tout (j’en doute d’ailleurs car il en reste certainement dans vos fichiers) ce que vous avez pu constater -vous êtes fondamentalement un homme des constats- ou pu endurer dans la fonction publique internationale, je serais étonné que la presse française fasse bon accueil à C’était à Tigony. Géographiquement, où se trouve cette ville ?  »

 

« Eh bien, pas une ligne d’écho dans les 45 journaux, magazines et chaînes de TV auxquels des exemplaires de service de presse ont été adressés. Conspiration du silence ? Je ne crois pas ; indifférence ? Peut-être, mais je suis mithridatisé ; à la mort de Mongo Béti, LIBE m’a envoyé, comme à bien d’autres, un e~mail pour connaître mon témoignage à son sujet ; RFI m’avait appelé peu après l’annonce de son décès et j’avais dit mon estime et mon chagrin. Quand viendra mon tour, il serait préférable que perdure le silence. »

*

Voilà ce qui se passe quand, ancien professeur de lettres, écrivain ayant travaillé pendant des années autant à l’ancrage qu’à l’expansion de la langue française en Afrique - notamment anglophone- on a la fierté et l’orgueil de n’être ni cloporte, ni ver de terre. Je suis convaincu que dans l’Hexagone où je vis avant la naissance de monsieur Sarkozy et de monsieur le vicomte de Villiers, le moment viendra, assez vite, où les birds of a feather en arriveront à demander ce que font en France les vieux Nègres de mon espèce, qu’ils soient médecins, banquiers, avocats, industriels, retraités ou éboueurs.   

 

Je ne veux pas m’insurger contre le jeune gouvernement de mon pays, après m’être battu pendant les deux dernières magistratures Kérékou, pour qu’il y ait un changement en profondeur ; mais je dis et l’écris : j’invite le peuple à la désobéissance civique si le gouvernement lui demande de se revêtir de ses beaux atours ou de danser pour accueillir monsieur Sarkozy, ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur.

 

Olympe BHÊLY-QUENUM

 

17.05.2006

Des sénateurs qui ont des couilles

Le Nigeria va-t-il échappé à la tentative du président Olusengu Obasanjo de tripatouiller la Constitution pour s'éterniser au pouvoir? Jusqu'au début de la semaine dernière, rien n'était sûr. Heureusement des sénéteurs, qui semblent avoir pris la mesure du danger qui plane sur leur pays, ont mis un coup d'arrêt à cette machination saugrenue. Même si le clan du président ne s'avoue pas encore vaincu, il faut reconnaître que ces sénateurs là ont des couilles pour parer aussi promptement à l'assaut du "monstre".

Ah! la boulimie du pouvoir. Tant que les Etats africains auront à leur têtes ces monstres, on parfois tenté de croire que le continent est frappé de malédiction. L'Afrique a assez souffert pour continuer à l'être. Et puis, on devrait aussi dénoncer toutes ces puissances économques qui tirent les ficelles des marrionnettes qu'elles veulent maintenir au pouvoir. S'il est vrai que ces "insatiables" qui nous gouvernent aiment certainement le pouvoir, il ne l'est pas moins que des puissances économiques connues de tous les y poussent.

Le président tchadien Idriss Déby-Itno voulait son 3e mandat; n'a t-il pas réalisé son rêve, contre vents et marrées avec avec la bénédiction de la France de Jacques Chirac ? Que dire de Bongo, de Sassou,... de feu Eyadéma et autres? Que la soi-disant communauté internationale arrête de distraitre les africains.


10.05.2006

"4e pouvoir" ou coquille vide?

La presse africaine (et burkinabè) n’a-t-elle pas mis la charrue avant les bœufs? Aussi saugrenue qu’elle peut paraître, cette question n’est pas moins pertinente dans un contexte où l’entreprise médiatique est à la croisée des chemins. Pris entre le marteau des exigences du marché et l’enclume du particularisme de l’entreprise de presse, les patrons des médias ne savent à quels partenaires techniques et financiers se vouer.

Dieu sait qu’une entreprise de presse dépourvue d’assises saines et solides résiste difficilement aux puissances politiques et d’argent. Parce que la presse est considérée à tort ou à raison de «4e pouvoir», la faiblesse économique d’une entreprise de presse est aussi suicidaire à la démocratie qu’une menace ouverte contre la liberté d’expression. Sans entreprises de presses viables, on ne peut pas non plus espérer avoir des journalistes indépendants. Les deux situations étant nécessairement liées.

Or, depuis le printemps de la presse qui a accompagné le vent de la démocratie, peu de choses ont été faites pour consolider les bases des nouveaux médias qui ont poussé comme des champignons. Après une décennie d’épreuve de l’audimat ou du lectorat (c’est selon le média), certains ont disparu. Combien d’entreprises de presse peuvent-elles faire de bonnes affaires tout en offrant les meilleures conditions de travail à leurs employés? Combien sont-elles capables d’honorer leurs engagements vis-à-vis du fisc, de la Caisse nationale de sécurité sociale et des charges patronales sans se faire hara-kiri?

S’il est vrai que certains gourous de la presse privée ont réussi à se bâtir une fortune - ce qui fait pâlir plus d’un -, il n’en demeure pas moins que la grande majorité des patrons tirent le diable par la queue. Ce qui se ressent nécessairement sur les conditions de vie et de travail des journalistes, obligés très souvent de jongler pour joindre les deux bouts. Disons-le net, en dehors de nos confrères fonctionnaires qui sont relativement mieux lotis, le métier de journalisme est encore loin de nourrir son homme au Faso.

Or, tant qu’il n’y aura pas d’entreprises de presse économiquement bien organisées et financièrement indépendantes, il sera difficile de rêver à une véritable liberté de presse. Pour reprendre une profession de foi chère à tous, «il ne peut y avoir de liberté de presse quand des journalistes vivent dans des conditions de corruption, de pauvreté ou de peur». Lorsque des organes de presse évoluent dans un environnement économique tel qu’ils ne peuvent pas inverser cette tendance, il y a de quoi s’inquiéter sur le sort même de la gouvernance et de la démocratie, parce que le soi-disant «4e pouvoir» n’est en réalité qu’une coquille vide. A qui la faute si cette situation perdure?

Les responsabilités sont partagées. Si l’Etat aime souvent se targuer d’avoir aménagé aux médias un environnement normatif favorable à la liberté d’expression et de presse, il n’en demeure pas moins que le chemin qui mène à la viabilisation de véritables entreprises de presse est encore semé d’embûches. Sur le plan fiscal - pour ne citer que cela -, on ne comprend toujours pas pourquoi les médias, qui (quelle que soit leur nature) assurent un service public, continuent d’être logés à la même enseigne que n’importe quelle entreprise. 

Certes, les responsables des médias sont paradoxalement toujours d’accord sur leur désaccord. Soit. Mais les défenseurs de la démocratie ne doivent-ils pas comprendre que la liberté de presse est une chose trop importante pour être laissée entre les seules mains des patrons de presse et des organisations de journalistes?

Les fleurs du rap

Lorsqu’il y a environ une décennie des gens un peu fougueux se sont jetés dans le RAP, on n’a pas donné cher leur avenir. Tel que distillé par les médias en ces années-là, le hip-hop apparaissait comme un mouvement de «voyous» et de «drogués» en mal de sensations musicales. Si, officiellement, on n’a pas mis les bâtons dans les roues des premiers qui ont allumé le flambeau au pays des Hommes intègres, les autorités en charge de la promotion de la musique ne se sont pas laissé emballer. Mais loin de les décourager, les rappeurs ont pris leur mal en patience. Mieux, en quelques années, ils ont transformé le cercle vicieux de la marginalisation en un cercle vertueux qui a fait aujourd’hui du hip-hop burkinabè une véritable force socio-artistique avec laquelle il faut compter.

Du reste, la télévision nationale du Burkina n’a pas voulu être en reste du petit ruisseau qui s’est imposé aujourd’hui comme un fleuve tranquille. En lui ouvrant ses ondes par une émission hebdomadaire dénommé «All Flowz», la TéNéBreuse jette désormais sur le RAP burkinabè la lumière médiatique qui le sort du ghetto et brise les chaînes de la marginalisation injustement collée à la peau des jeunes qui pratiquent ce genre musical. C’est aussi et surtout la reconnaissance des talents et du mérite d’une jeunesse burkinabè qui a incontestablement réussi à inculturer le hip-hop.

En effet, si au début certains rappeurs pouvaient se croire aux States au lieu de puiser leur inspiration dans les profondeurs de la culture du Faso, le défi est proprement relevé aujourd’hui. Depuis la mythique invite du groupe Wemtenclan à ne pas prendre le large sous prétexte que «Ici au Faso, la vie est dure… », les jeunes gens qui ont choisi ce genre musical se sont donné la mission d’adoucir les angoisses de leurs camarades et compatriotes qui ne semblaient pas voir le bout du tunnel. Avec des flows comme «Juste 1 peu de lumière» du groupe Yeleen, «Viim ya Kanga» («La vie est dure», en mooré) de K-ravane, en passant par «Panangtchi, pananzoé» («On ne va pas mourir, on ne va pas s’enfuir») de Faso Kombat, etc., la thématique rappologique est descendue dans l’arène des réalités quotidiennes où toutes les franges sociales - pas seulement des jeunes fougueux - trouvent leur compte.

Au lieu de déboucher sur des groupes antagonistes qui se liguent les uns contre les autres, le hip-hop burkinabè offre, jusque-là, le bel exemple de jeunes qui fraternisent, produisent des albums ensemble et se produisent ensemble sur les mêmes scènes. L’incontesté et l’incontestable Serge Bambara, alias «Smokey», ne donne pas moins le bel exemple en produisant les plus jeunes. Tous ou presque les nouveaux groupes ont reçu le coup de pouce de ce métis franco-bissa qui a le rap à fleur de peau.

En une décennie, les acteurs du mouvement rap auront agréablement surpris par sa production qualitativement prolixe, sa maturité, son intégration dans la culture burkinabè et  son originalité. C’est à l’honneur de ces jeunes qui ont accepté de mettre leurs talents à l’épreuve du temps et des exigences de ce genre musical universel auquel ils ont réussi à donner des touches burkinabè. Ce n’est pas par hasard, encore moins par complaisance, que des sociétés nationales et pas des moindres font confiance à l’une des valeurs sûres du rap burkinabè qui vient de célébrer pour la 3e fois consécutives les «72 heures Yeleen». Après «Juste 1 peu de lumière», son premier album qui l’a propulsé au-devant de la scène, ce groupe est aujourd’hui à son 3e album, baptisé «DAR ES SALAM». En plus, il a produit d’autres groupes moins nantis, dont Awa Sissao, la nouvelle étoile montante de la musique burkinabè. Pour des fleurs aussi prometteuses du rap, on ne peut que faire un big up.

08.05.2006

Si nos amis français étaient mieux informés!

Voici l'extrait d'une lettre que m'a envoyé mon amie F 16. Elle m'a tellement édifié sur ce que je crois profondément des relations entre les français et les africains que ne je n'ai pas résisté à la tentation de le partager. La leçon: nos amis et frères français gagneraient à être mieux informés sur les conneries que font certains de leurs compatriotes dans nos pays. Sans oublier les soutiens inconditionnels aux dictateurs qui confisquent nos libertés et handicapent notre initiative historique... 

"....sur Bolloré... ou Guy André Kieffer, ou les deux, qui sait si leurs histoires ne sont pas liées! Je crois que Bolloré (Vincent, industriel français) est bien implanté dans le café et le cacao, domaine dans lequel Kieffer enquêtait! Démonter un véritabe "Clearstream" africain ou plutôt françafricain... Lutter contre la corruption des "grands et puissants" de ce monde. Malheureusement cela me semble souvent bien difficile à faire, d'autant plus en Afrique où, plus je me renseigne sur les différentes affaires, plus je me rends compte que l'impunité règne en maître. Souvent, j'ai honte de mon pays, j'ai honte de l'ignorance de la population française sur les actes de ses dirigeants... Plus qu'un exemple de démocratie, nous sommes un pays où règne mésinformation et silence sur bon nombre d'affaires. Les medias préfèrent nous informer sur les violences exercées dans les banlieues, que celles faites par les industriels, politiciens et financiers français : cf : Clearstream, un combat de coq pour dissimuler de grosses histoires de corruption. Parce qu'elles ont existé, mais en n'en parlant autant, ils ont réussi à faire disparaître la vraie clef du problème... Enfin bref, voilà pour mon coup de gueule du jour. Vraiment "ça c'est grave!"..."

 

T'as raison ma chère amie. C'est vraiment grave. 


 

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