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10.05.2006

Les fleurs du rap

Lorsqu’il y a environ une décennie des gens un peu fougueux se sont jetés dans le RAP, on n’a pas donné cher leur avenir. Tel que distillé par les médias en ces années-là, le hip-hop apparaissait comme un mouvement de «voyous» et de «drogués» en mal de sensations musicales. Si, officiellement, on n’a pas mis les bâtons dans les roues des premiers qui ont allumé le flambeau au pays des Hommes intègres, les autorités en charge de la promotion de la musique ne se sont pas laissé emballer. Mais loin de les décourager, les rappeurs ont pris leur mal en patience. Mieux, en quelques années, ils ont transformé le cercle vicieux de la marginalisation en un cercle vertueux qui a fait aujourd’hui du hip-hop burkinabè une véritable force socio-artistique avec laquelle il faut compter.

Du reste, la télévision nationale du Burkina n’a pas voulu être en reste du petit ruisseau qui s’est imposé aujourd’hui comme un fleuve tranquille. En lui ouvrant ses ondes par une émission hebdomadaire dénommé «All Flowz», la TéNéBreuse jette désormais sur le RAP burkinabè la lumière médiatique qui le sort du ghetto et brise les chaînes de la marginalisation injustement collée à la peau des jeunes qui pratiquent ce genre musical. C’est aussi et surtout la reconnaissance des talents et du mérite d’une jeunesse burkinabè qui a incontestablement réussi à inculturer le hip-hop.

En effet, si au début certains rappeurs pouvaient se croire aux States au lieu de puiser leur inspiration dans les profondeurs de la culture du Faso, le défi est proprement relevé aujourd’hui. Depuis la mythique invite du groupe Wemtenclan à ne pas prendre le large sous prétexte que «Ici au Faso, la vie est dure… », les jeunes gens qui ont choisi ce genre musical se sont donné la mission d’adoucir les angoisses de leurs camarades et compatriotes qui ne semblaient pas voir le bout du tunnel. Avec des flows comme «Juste 1 peu de lumière» du groupe Yeleen, «Viim ya Kanga» («La vie est dure», en mooré) de K-ravane, en passant par «Panangtchi, pananzoé» («On ne va pas mourir, on ne va pas s’enfuir») de Faso Kombat, etc., la thématique rappologique est descendue dans l’arène des réalités quotidiennes où toutes les franges sociales - pas seulement des jeunes fougueux - trouvent leur compte.

Au lieu de déboucher sur des groupes antagonistes qui se liguent les uns contre les autres, le hip-hop burkinabè offre, jusque-là, le bel exemple de jeunes qui fraternisent, produisent des albums ensemble et se produisent ensemble sur les mêmes scènes. L’incontesté et l’incontestable Serge Bambara, alias «Smokey», ne donne pas moins le bel exemple en produisant les plus jeunes. Tous ou presque les nouveaux groupes ont reçu le coup de pouce de ce métis franco-bissa qui a le rap à fleur de peau.

En une décennie, les acteurs du mouvement rap auront agréablement surpris par sa production qualitativement prolixe, sa maturité, son intégration dans la culture burkinabè et  son originalité. C’est à l’honneur de ces jeunes qui ont accepté de mettre leurs talents à l’épreuve du temps et des exigences de ce genre musical universel auquel ils ont réussi à donner des touches burkinabè. Ce n’est pas par hasard, encore moins par complaisance, que des sociétés nationales et pas des moindres font confiance à l’une des valeurs sûres du rap burkinabè qui vient de célébrer pour la 3e fois consécutives les «72 heures Yeleen». Après «Juste 1 peu de lumière», son premier album qui l’a propulsé au-devant de la scène, ce groupe est aujourd’hui à son 3e album, baptisé «DAR ES SALAM». En plus, il a produit d’autres groupes moins nantis, dont Awa Sissao, la nouvelle étoile montante de la musique burkinabè. Pour des fleurs aussi prometteuses du rap, on ne peut que faire un big up.

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