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  • Conté-à-rebours

    Les jours du président guinéen ne seraient donc pas comptés. Du moins pas encore. Son hospitalisation, du 18 au 24 mars, en Suisse a réveillé le débat sur le règne chancelant du général Lansana Conté, qui ne gouverne visiblement plus la Guinée depuis belle lurette. Pour ceux qui attendaient sa fin pour chanter le requiem de la semaine de fer qu’il impose aux Guinéens depuis 1984, le séjour médical helvétique du général-président était le chant du cygne. Ils semblent être loin du compte.

    Conté semble dure à cuire malgré le diabète aigu et la leucémie qui le rongent et le poids de ses 74 ans. Son retour vendredi dernier est peut-être le signe qu’il n’a pas encore dit son dernier mot. Il est de retour comme il l’a promis au cours d’une interview qu’il a accordée à la radio guinéenne. Mais ce retour est loin de rassurer sur la capacité du président à reprendre les choses en main. D’ailleurs, le vrai pouvoir a déjà quitté le général et les véritables maîtres du jeu ne sont autres que ses proches, qui mettent tout en scène pour retarder le début de la fin.

    Une chose est au moins sûre, il y a longtemps que les Guinéens ont cessé de compter avec et sur Conté. La mémorable grève générale, qui a paralysé le pays pendant 5 jours en mars, est  la preuve d’un ras-le-bol de plus en plus généralisé contre «la cherté de la vie et l’indifférence des pouvoirs publics face à la misère de la population».

    La prochaine élection présidentielle est prévue pour 2008. A ce compte-là on comprend alors pourquoi certains Guinéens voudraient d’un décompte autre que celui de l’horloge constitutionnelle de la République. Soit. Même si le général venait à passer l’arme à gauche, il va falloir batailler dur avec une junte militaire qui n’entend pas se laisser Conté.

  • Ecrivains de tout le Burkina, à vos plumes !

    Au moment où les Hommes intègres exhibent, à Bobo-Dioulasso, ce qu’ils ont produit de meilleur en matière culturelle, force est de constater que les étalages ne sont pas des plus achalandés en œuvres littéraires d’auteurs burkinabè. Autrement dit, à ce 13e rendez-vous du «donner et du recevoir» placé sous le signe de «culture et intégration des peuples», le Burkina a malheureusement très peu à donner en matière de production littéraire. Contrairement à la production musicale, pour ne citer que le plus populaire des arts pratiqués au Faso. Et pourtant, si l’on convient que «la culture, c’est qui reste quand on a tout perdu», il va falloir conserver aussi nos meilleures traces de vie dans des livres et pas seulement sur des bandes magnétiques.

    Fort de cet impératif culturel, le ministère en charge de la Culture et des Arts a entrepris, en 2005, «de réaliser une opération révolutionnaire qui consiste à éditer 50 auteurs burkinabè avec l’appui des structures étatiques». L’objectif fondamental de cette opération est de donner au moins une chance d’édition aux œuvres produites à l’occasion du Grand prix national des arts et des lettres (Gpnal) lors des Semaines nationales de la culture (SNC) qui se sont succédé depuis 1983. Selon les statistiques, sur un total de 1117 manuscrits enregistrés de la 1ère édition de la SNC à la 12e édition en 2004, moins de 100 auteurs sont passés sous les presses d’une imprimerie. En clair, ce sont les moyens de production qui manquent le plus à l’industrie littéraire burkinabè et non pas de la matière première.

    Pour peu que les pouvoirs publics décideront de donner à cette industrie le même souffle que celui apporté à la musique, on ne peut pas ne pas voir s’éclore de nouveaux chef-d’œuvres. Dieu sait qu’ils sont nombreux, les auteurs burkinabè qui ne demandent qu’à être produits. La preuve a été donnée d’abord à travers l’opération de «collecte des manuscrits lauréats qui n’ont pas été édités depuis 1992» puis à travers l’«appel à manuscrits» à l’issue duquel 21 œuvres ont été retenues sur la quarantaine enregistrée.

    C’est grâce à cette initiative que notre confrère Baba Hama a, enfin, vu éditer au Burkina «Lamordè», son roman qui a remporté le 2e Prix national des arts et des lettres à la SNC Bobo 1994. Consignée en Dépôt légal au 4e trimestre 2005, l’œuvre porte la griffe des Presses universitaires de Ouagadougou pour ce qui est de la photocomposition et celle des Editions Sidwaya pour ce qui est de son impression. Elle est préfacée par Mahamoudou Ouédraogo himself, ministre de la Culture, des Arts et du Tourisme jusqu’en janvier 2006. Celui-ci a saisi l’occasion pour se réjouir de la volonté politique qui a engendré le soutien aux écrivains tout en invitant ces derniers à traduire le coup de pouce en une véritable force de frappe de la littérature made in Burkina.

    Mieux vaut tard que jamais. Avec les pouvoirs publics à la rescousse d’une production littéraire jusque-là sous le boisseau, c’est sans doute une manière de rendre justice aux pionniers de littérature écrite burkinabè que sont Nazi Boni, Dimdolobsom Ouédraogo, Lompolo Koné,…Mieux, en reprenant, en cette année 2006, l’opération de collecte des manuscrits lauréats du Gpnal et d’appel aux manuscrits, c’est un vital coup de fouet que l’Etat donne aux différents genres littéraires en compétition à la SNC que sont le conte, la poésie, le théâtre, le roman et la bande dessinée, et par ricochet à tous les écrivains du Burkina. A vos plumes donc.

  • Le cinéma burkinabè peut-il rêver de Hollywood africain?

    Avec une moisson de plus en plus abondante et des films qui font recette, le cinéma burkinabè va-t-il enfin amorcer l’ascension commerciale tant rêvée? Ces dernières années, les réalisateurs locaux sont d’une prolixité qui surprend agréablement un public qui ne demandait qu’à voir des films made in Faso. A voir l’engouement que suscitent des réalisations telles «Source d’histoire», de Adama Rouamba, «Mokili», de Berni Goldblat,… et maintenant «L’Or des Younga», de Boubakar Diallo, pour ne citer que les dernières affiches, force est de constater qu’il ne se passe plus de semaine sans film burkinabè à l’affiche. Aux Ciné Burkina, Ciné Neerwaya de Ouagadougou et au Ciné Sanyon, on ne se bouscule plus seulement pour les productions hollywoodiennes et bolywoodiennes  Il est même arrivé très souvent que ces plus grandes salles du pays se soient révélées trop petites. Eh oui! Ils sont légion, les Burkinabè, qui ne demandent qu’à voir des films où se mêlent des réalités, rêves et illusions de leur quotidien.

    Depuis la dernière édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (le 19e Fespaco), en 2003, les réalisateurs burkinabè ont pris une option sérieuse de production qui n’est pas passé inaperçue. Même si l’Etalon de Yennenga a été remporté par le Sud-Africain, Dany Kouyaté, avec «Ouaga Saga», Fanta Regina Nacro, avec «La nuit de la vérité», et Apolline Traoré, avec «Sous la clarté de la lune», ont permis au Burkina de ravir la vedette du pays le plus prolixe en long métrage. Preuve le pays des Hommes intègres reste malgré tout un sanctuaire incontestable du cinéma africain.

    Mais les films y poussent aujourd’hui comme des champignons, l’industrie cinématographique burkinabè, ou ce qui y ressemble, le doit au miracle du numérique. A l’instar du géant Nigeria et du Ghana qui en ont profité pour réaliser le boom des sitcoms si prisés par les télévisions du continent, le Burkina est en passe de gagner le pari du cinéma populaire grâce au numérique. Avec déjà 5 longs métrages dans la bosse en moins de 3 ans, et avec une vingtaine de millions de F CFA par challenge, «Les Films du Dromadaire» réalisent un exploit qui ne manquera pas de faire école. Les nombreux festivals européens et canadien auxquels Boubacar Diallo a été invité à montrer ses produits sont la preuve que cette la renommée de cette production filmique dépasse les frontières du Burkina et se répand au-delà des mers.

    Que dire des comédiens burkinabè, qui n’ont plus besoin d’attendre une hypothétique annonce de casting pour monter sur les plateaux? Si les doyens sont sollicités par presque tous les réalisateurs pour apporter leurs touches aux nouveaux films, de nouveaux comédiens sont nés et se bonifient au fil des aventures. Surtout lorsqu’une maison comme «Les Films du Dromadaire» reprend les mêmes ou presque. Que de rêves se sont réalisés en si peu d’années! Que de films légitimement aussi prétentieux les uns que les autres ont apporté plus de chaleur burkinabè à nos salles obscures! De nouveaux réalisateurs confirment leurs talents dans le 7e art. De nouvelles stars de cinéma aussi.

    Mais le Burkina est-il prêt à assumer une industrie du cinéma? L’arbre ne doit pas cacher la forêt. Avec seulement 3 grandes salles d’une capacité totale d’environ 2 000 places et des petites salles qui ne couvrent pas encore le quart du territoire national, les ingrédients du cinéma qui nourrit son homme au Faso manquent malheureusement encore de piment. C’est une ambition qui nécessite un substantiel apport initial de capitaux, la création d'un réseau de distribution et la construction ou l'adaptation de salles de projection. Bref, l’existence d’un système bien huilé, efficace et capable de s’autofinancer sainement. Au Faso, c’est une autre paire de manches qu’il faut régler pour donner du piquant au rêve d’un Hollywood à la sauce burkinabè.