11/03/2006

Musique burkinabè au fémin pluriel

«8 dames pour annoncer les couleurs du 8-Mars». C’est sur cette affiche musicale que Ouagadougou a été convié au réveillon de la Journée internationale de la femme. Pour une fois, le showbiz burkinabè, en l’occurrence ETK, a eu la lumineuse inspiration d’allumer les flammes de cette célébration mondiale par un plateau composé uniquement de femmes musiciennes made in Burkina.

Au-delà du séduisant symbolisme, c’est sans doute une des premières fois qu’un spectacle a été assuré de bout en bout au féminin. C’est tout à l’honneur des organisateurs du spectacle, mais aussi et surtout de ces dames qui ne ménagent aucun effort pour se hisser au sommet de leur art. Incontestablement, les 8 artistes (Amity Méria, Sonia Carré d’as, Sami Rama, Idak Bassavé, Djata, Remeka, Sissao et Adji) ont marqué, ces deux dernières années, la galaxie du showbiz burkinabè de leurs créations et prestations. Le choix porté sur elles ne semble pas avoir été guidé par le hasard ou la complaisance. Ce sont les stars du moment, et elles méritaient bien qu’on leur fasse confiance.

La réalisation d’un Compil des dames en 2005 par Seydoni Productions avait déjà montré que la musique burkinabè peut désormais se jouer en femmes majeures. Certes, l’opus a voulu faire de la place à tout le monde, les talentueuses comme les débutantes. Mais des révélations comme Remeka, Adji, Sissao - pour ne citer que les novices - prouvent que l’écurie des Frères Traoré a vu juste. La musique burkinabè doit désormais compter avec les dames.

Dans ce registre, il est juste et bon de saluer l’audace du trio des «Premières dames» qui a su, à sa manière, jouer la partition de la femme dans la fièvre du Tak’borsé qui s’est emparée du Burkina. Certes, Kadi Jolie, Aïcha Junior et Maguy Leslie ont encore des notes à affiner. Même si elles ont chanté «comme des casseroles», elles ont eu le mérite et le courage de se mettre dans la danse. Ce qui n’a pas toujours été le cas pour la plupart des femmes. Même des plus talentueuses.

La gent féminine peut se réjouir. Au pays des Hommes intègres, on sait reconnaître le talent des femmes musiciennes. Elles n’ont pas besoin d’être nécessairement «follement belles ou sacrées folles pour devenir célèbres». Ce qui manque le plus, c’est le courage et la liberté de se jeter dans la bataille. Car, contrairement aux hommes - qui n’ont pas fini de ruminer leurs galères -, les femmes ont aussi de la douceur à revendre. Lorsqu’elles arrivent à donner de la voix en suivant leurs voies, leur implication ne peut qu’apporter à la musique burkinabè l’espérance qui lui fait souvent défaut.  

Ainsi, plus qu’une «nuit des dames», l’initiative de ETK Productions fait lever un nouveau jour sur les potentialités encore inexploitées des musiciennes et chanteuses burkinabè dans le domaine du showbiz. Si l’on convient avec le philosophe Nietzsche que «sans la musique la vie serait une erreur», on est aussi fondé à penser que sans une partition active des dames la promotion musicale d’un pays sera une mélodie inachevée. Pour un vrai bonheur avec les Burkina Mousso, il ne faut pas seulement une «nuit des dames» à la veille du 8-Mars. Mais mille et une nuits. Pour que toutes les dames distillent leur joie de chanter et la sensualité enivrante de leur musique

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