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  • Dis-moi contre qui tu dég'haine...

    La vague de protestations et de violences provoquée par la publication des caricatures peu glorieuses du prophète Mahomet est la preuve que les médias et les sociétés religieuses ne font pas toujours bon ménage. Et Dieu sait que lorsque les premiers ont poussé le bouchon de la liberté dans les dédales des croyances défendues par les secondes, la colère a pris le pas sur la paix. Pour préserver leurs croyances, les extrémistes de toutes les religions n’hésitent pas à réveiller les vieux démons qui sommeillent en eux.  
    Mais cela est loin d’être réduit aux violences de ménage actuelles entre l’Occident sécularisé et les sociétés islamiques. En allant chercher son inspiration dans les délicats rapports entre l’islam et la violence, les dessins de notre confrère danois «Jyllands-Posten» frisent la provocation envers les mahométans, mais les mêmes causes ont provoqué à peu près les mêmes effets ailleurs.
    Les violences auxquelles on assisté dans l’affaire des caricatures de Mahomet ne rappellent-elles pas étrangement l’incendie du cinéma Saint-Michel de Paris? Pour avoir projeté «La dernière tentation du Christ», un film de Martin Scorsese - qui montre notamment Jésus faisant l’amour avec une femme -, cette salle a connu le supplice de flammes meurtrières qui ont par ailleurs fait une dizaine de blessés dans la capitale française. C’était en 1988, où un groupe d’intégristes a orchestré des manifestations, des menaces écrites et orales qui ont provoqué jets de gaz lacrymogènes, bris de glaces de véhicules, cocktails Molotov, etc. Dans le reste de l’Europe comme aux Etats-Unis d’Amérique, un déferlement de passions s’est voulu à la hauteur de ce qu’on a considéré alors comme une atteinte intolérable aux mystères de la foi des chrétiens.
    Cinq années plus tôt, en 1983, le film «Je vous  salue Marie», de Jean-Luc Godard, n’a pas suscité moins de passion dans les milieux catholiques français. Des responsables politiques et religieux ont même poussé le bouchon jusqu’à demander l’interdiction du film. Le cardinal Jean-Marie Lustiger, archevêque de Paris, n’a pas caché son indignation face à l’affiche du film «Amen», de Costa-Gravas, représentant la croix du Christ prolongée sur trois branches par celles d’une croix gammée. Au Burkina, le Dromadaire a également reçu, en avril 1995, la décharge colérique d’un lecteur qui s’est dit indigné par un dessin montrant le Premier ministre d’alors, Roch Marc Christian Kaboré, portant sa croix devant le président Blaise Compaoré se lavant les mains à l’instar de Ponce Pilate. «Vous avez dépassé toutes les mesures», avait asséné le quidam dans une protestation publiée par le n° 186 du 13 au 18 avril 1995.
    Ici comme là-bas, on trouve des gens qui se sentent obliger de dégainer pour défendre leurs croyances. Le pire, c’est certainement lorsque cela aboutit à une mort d’homme.

  • Senghor revit dans sa Chaire

    Quelque 5 ans après la disparition de Léopold Sédar Senghor, il est plus que jamais vivant dans son immense et inoxydable œuvre. Dans la grande famille francophone qu’il a contribué à fonder par sa chair et dans sa pensée, on ne se prive pas de célébrer le centenaire de la naissance du Président-Poète sénégalais. Son compatriote Birago Diop avait raion: «Les morts ne sont pas morts.» Et la meilleure façon de rendre hommage à un immortel de la stature de l’enfant de Joal n’est-il pas de le donner à manger aux jeunes générations?

    Les 10 et 11 février derniers, l’Université de Ouagadougou a donné le ton de l’«Année Senghor» au Burkina par la tenue du 1er colloque international des chercheurs juniors de la Francophonie. A tout seigneur, tout honneur, le discours inaugural a été prononcé par le Pr Joseph Paré, titulaire de la Chaire Senghor de la Francophonie, promu en janvier dernier ministre des Enseignements secondaire, supérieur et de la Recherche scientifique. Il n’a pas manqué l’occasion d’inciter élèves, étudiants et chercheurs à se ressourcer dans l’œuvre de Senghor pour que l’arbre du «rendez-vous du donner et du recevoir» continue de porter des fruits à la hauteur de l’espérance qu’il a semée.

    A travers une variété d’œuvres pétries par des auteurs africains qui garnissent l’espace et la littérature francophone, fleurissent l’esthétique négro-africaine, alimentent la critique et les formes d’expressions négro-africaines, se nourrissent de la négritude senghorienne et donnent des ailes à la poésie et à l’esthétique senghorienne, le colloque de Ouagadougou a été l’occasion d’une véritable anthropophagie littéraire et poético-philosophique. En attendant, le cocktail de conférences, exposition, poésie, musique, cinéma et bande dessinée est prévu du 13 au 19 septembre prochain au Centre culturel français de Ouaga. 
  • Le progrès n'est pas seulement dans le béton

    Le progrès n’est pas seulement dans le béton

     

     

     

    Enclavée et mal lotie, la terre des Hommes intègres ne recèle pas moins de matériaux de construction appropriés susceptibles de contribuer à combler le déficit de l’habitat et d’édifices publics et privés. Curieusement, nombreux sont les Burkinabè qui ignorent les bienfaits de cette technologie plus adaptée à leur bourse et au climat de leur pays. Ils ne voient le développement et le progrès que dans le béton armé. Et pourtant, tout ce qui est rare et cher n’est pas toujours synonyme de progrès…

     

     

     

    C’est un véritable pavé que le bureau de la coopération suisse jette dans la mare en remettant les matériaux locaux au goût du marché du bâtiment et des travaux publics. Dans un Burkina enclavé où 45% de la matière de construction est importée, il était temps de réfléchir à un ravitaillement moins dépendant de l’extérieur. Sans compter que la facture de cet important ravitaillement va crescendo et sera de moins en moins à la portée des particuliers et même de l’Etat. Selon une estimation des Nations unies, la population burkinabè passera à environ 25 millions en 2025. Et il faudra 1,5 million d’habitations pour contenir les nouveaux arrivants sans oublier de nouvelles infrastructures pour le service public.

     

    C’est en prévision à la résolution de cette équation que la coopération suisse a mandaté le bureau Initiatives conseil international (ICI) pour engager une campagne de sensibilisation sur l’importance stratégique des matériaux locaux. L’acte 1 de cette opération de retour à ces technologies adaptées s'est déroulé vendredi 10 février dernier à travers une conférence-débat qui a réuni, dans la Maison sans bois du Salon international de l’artisanat de Ouagadougou (Siao), représentants de l’Etat, bailleurs de fonds et professionnels du secteur du bâtiment et des travaux publics d’ici et d’ailleurs. Un «inventaire des constructions en matériaux appropriés» réalisé par l’ingénieur suisse Urs Wyss a permis aux participants de voir que les briques adobe en terre, les blocs en terre comprimée, les blocs de latérite taillée et la pierre taillée ont fait leurs preuves dans toutes les régions du Burkina. Mieux, ces matériaux faciles d’accès ravissent la vedette au béton grâce à leur moindre coût, à la beauté qu’ils peuvent apporter à la construction et à leur adaptation à la rudesse du climat burkinabè.

     

    Ce n’est pas tout. Une vulgarisation des technologies de construction en matériaux locaux contribue non seulement à faire des économies de devise et de résoudre le problème de l’emploi des jeunes. Tenez. Selon un projet réalisé en mai 2002 par l’architecte suisse Laurent Séchaud et le technicien burkinabè Siméon Toé, une école à 5 classes en ciment coûte environ 30 millions contre 25 en blocs latéritiques taillés ou en blocs de terre comprimée.

     

    En plus de leur avantage économique certain, les matériaux locaux séduisent par leur confort thermique, sont écologiquement plus adaptés et leur durabilité ne fait pas de doute en milieu rural où ils sont prioritairement adoptés. Il ne reste plus qu’à briser les gros blocs de préjugés qui plombent leur vulgarisation. Pour cela, le bureau d’étude ICI dirigé par Patrick de Lalande se donne une année de campagne dans l’espoir que la mayonnaise finira par prendre.