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23.12.2005

Blaise Compaoré jusqu'à à la lie ?

Compteur à zéro, quinquennat premier! Le Blaiso nouveau est arrivé! Mis en bouteille le 13 novembre 2005, ce nectar des dieux de la politique est désormais disponible depuis le 20 décembre 2005. La date de péremption étant fixée au 19 décembre 2010, il peut se conserver pendant 5 ans.

Le Blaiso nouveau a été distillé dans les cuves des brasseries de la Centrale des Distilleries Populaires (CDP), contrôlé et certifié boisson de qualité supérieure par l’Association des Distributeurs du Faso/Revendeurs Dûment Agréés (ADF/RDA). La mise en bouteille a été assurée par l’Agence de Manufacture et de Production (AMP).

Pas de souci pour les consommateurs, le Blaiso nouveau sera commercialisé dans tous les points de vente desservis par l’Association des Bars et Caves (ABC) en gros, semi-gros et en détail. Les commandes en ligne sont possibles. Il est aussi disponible chez les Tenancières de Buvettes et Cabarets (TBC). Priorité aux adhérentes et aux détentrices de cartes de fidélité. Les ménopausées y sont les premières servies.

Comme le veut la tradition républicaine, le Blaiso nouveau est consacré boisson du quinquennat. Il peut être consommé avec ou sans glaçons. Dans l’Oubritenga, les amateurs le boivent sec, tandis que dans le Kadiogo il est utilisé pour réaliser de nombreux cocktails aux goûts variés : doux, aigre-doux, aigre… Les fins connaisseurs estiment même qu’il peut donner du piquant à des plats aux saveurs Oignon-Poivre-Piment-Oseille-Sel-Iodé-Tomate-Icaque-Orge-Noisette (OPPOSITION).

Le Blaiso nouveau n’est pas seulement une question de goût, on lui attribue aussi des vertus thérapeutiques dans le traitement d’un mal de sous-développement. Pendant toute la campagne de promotion de ce cru 2005, on a vanté son efficacité dans la stimulation de la valorisation du capital humain, l’élargissement des opportunités de création de richesses, la modernisation des infrastructures économiques et des services, le raffermissement de la gouvernance, la promotion de la culture, des arts et du sport, le rayonnement international.

Le Blaiso nouveau n’occasionne, semble-t-il, aucun effet secondaire indésirable sauf chez les patients qui sont sous traitement UNDD qui pourraient ressentir des picotements, voire des démangeaisons. La qualité du produit explique son adoption par 80,35% des Burkinabè pour le traitement du Faso en voie de développement.

Si la posologie est respectée, une prise régulière du Blaiso nouveau est susceptible d’assurer au pays des Hommes intègres un progrès continu pour une société d’espérance.

Le succès commercial de ce produit maison de la Centrale des Distilleries Populaires avait d’ailleurs été prédit par le Cercle des Gérants de Détails (CGD) grâce à un sondage qui n’a pas été démenti.

A consommer modérément tout de même. Les conséquences d’une overdose du Blaiso ne sont pas encore connues. Pour les sujets atteints de sankarisme, il est conseillé de consulter d’abord son médecin. Tchin-Tchin !

Article publié dans le n°743-744 du www.journaldujeudi.com

Capitaine-star Rawlings

Une voyage officiel du capitaine John Jerry Rawlings au pays des Hommes intègres, c’est presque un pèlerinage sur cette terre a offert à la jeunesse africaine un autre leader charismatique dont l’ombre hante toujours le sommeil de ceux qui ont cru faire disparaître sa mémoire à jamais. En faisant venir à Ouagadougou l’énigmatique capitaine ghanéen pour la 2e fois après la tragique disparition de Thomas Sankara, à l’occasion de son investiture comme président du Faso, Blaise Compaoré marque un point dans la recherche d’une virginité politique. Plus que quiconque, il sait que l’ancien président ghanéen est de ceux qui ont le moins digéré la sombre parenthèse fatale au capitaine Thomas Sankara le 15 octobre 1987.

Rien ne prouve que les nuages de méfiance qui se sont amoncelés depuis lors entre les capitaines Rawlings et Compaoré se sont complètement dissipés. Du moins, la présence du premier - désormais ancien président - au côté du second - qui célèbre sa 3e onction à la tête de l’Etat depuis le fameux 15 octobre -, constitue en soi un événement dans l’événement. Et fait toujours jaser.

Voir John Jerry Rawlings et son successeur John Ageyekum Kufuor chez un même hôte fait encore plus papoter. Le président burkinabè n’a pas eu besoin des services d’un marabout pour savoir que depuis que le premier a, constitutionnellement, quitté le pouvoir en 2000,  il est devenu  encombrant pour le second, qui fait des pieds et des mains pour le mettre en quarantaine politique. Kufuor et Rawlings à l’investiture du capitaine Blaise Compaoré, c’était comme le chat et la souris aux funérailles d’un ami commun. Et comme l’exige la bonne veille légende africaine, «tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil». Ainsi, l’hypocrisie est aussi une valeur politique sous les tropiques.

Gomboïte toujours

Malgré la haute idée qu’une certaine opinion nationale et internationale se fait de leurs prestations, les forçats de la plume, du micro et des caméras ne sont pas moins englués dans une misère qui ne date pas seulement de l’année 2005: la gomboïte. Maladie tropicale ou tropicalisée - c’est selon -, elle ne sévit pas seulement au pays des Hommes intègres. Elle aurait, selon le rapport 2003 de l’Association des journalistes du Burkina (AJB), «une origine privée et institutionnelle» et désigne «par l’image, le légume largement répandu en Afrique et qui, par sa consistance, facilite la déglutition. Autrement dit, le gombo est ce qui permet d’avaler plus facilement, y compris les couleuvres…»
La gomboïte règne dans les médias publics et privés burkinabè. Mais personne ne semble se préoccuper pour l’éradiquer. Beaucoup de directeurs de publication s’en servent pour accroître leurs chiffres d’affaires sans que cela ait une incidence sur le «viim koega» des journaleux. Les plus habiles de ces misérables excellent dans l’art de récolter le gombo, même là où ils ne l’ont pas semé. Tant pis pour l’information qui, sous l’effet de la gomboïte, a fini par devenir indigeste au Faso.
A la dernière rencontre des forces vives de la presse avec le président du Faso le 14 janvier 2005, le premier magistrat s’est dit préoccupé par le triste sort de la presse. 2005 s’achève sans qu’aucune solution concrète ne soit réellement déblayée pour faire avancer les dossiers de «convention collective» des travailleurs des médias et de la carte de presse, pour ne parler que des plus brûlants. Quand ceux qui doivent l’éradiquer se hâtent lentement, c’est la gomboïte qui a encore de beaux jours devant elle.

22.12.2005

Mandélaïsme

Ils se sont plantés, ceux qui n’ont retenu du «Prince» de Machiavel «qu’un manuel cynique d’instauration de la tyrannie». C’est du moins le séisme intellectuel que suscite le Camerounais Blaise Alfred Ngando - l’historien du droit et des institutions à l’université Paris XI - dans son ouvrage: «Le Prince Mandela: Essai d’introduction politique à la Renaissance africaine». Sa vision est d’autant plus prodigieuse qu’il n’hésite pas à voir dans la figure de Nelson Mandela, le Sud-africain, le «Prince», qui a rempli la même mission que son alter ego magnifié au 16e siècle par l’homme politique, écrivain et philosophe italien Nicolas Machiavel.
Pour Ngando, le «Prince Mandela» et le «Prince» de Machiavel seraient mus par la même «valeur essentielle»: le patriotisme. Il voit dans la fabuleuse fondation d’un Etat multiracial dans une Afrique du Sud post-apartheid grâce aux choix tactiques de Mandela, une actualisation du «real politik» qui avait permis à l’Italie d’alors de préserver son unité, de transformer le cercle vicieux de ses malheurs en un cercle vertueux d’Etat national. D’où le rôle d’inspirateur et de fondateur de l’ «introuvable» nouvel ordre africain qu’incarne Mandela.
En invitant les élites africaines à s’inspirer des prouesses du «Prince Mandela», Blaise Alfred Ngando met surtout le doigt sur la question essentielle du patriotisme des Africains eux-mêmes. Mais de se complaire dans la sempiternelle fatalité ambiante, le Camerounais jette un pavé dans la mare politique. Son diagnostic: l’Afrique «manque d’Etats, c’est-à-dire de communautés politiques garantes de l’intérêt général, du bonheur des citoyens à travers des situations stables et pérennes». Le «Prince Mandela» a réussi son pari. Aux «princes» en selle de jouer, maintenant.

18.12.2005

No comment

Dessin publié par le journal satirique Gris-Gris international pour vanter les mérites de son confrère "Jeune Afrique l'Intelligent". Inutile de préciser que les se haïssent cordialement.

Presse mal barrée

Concurrence mobile sur le marché de la presse

 

Jusqu’où iront les opérateurs de téléphonie mobile dans le grignotage du marché traditionnel des médias? Non contents d’avoir démobilisé les revendeurs de journaux par leurs juteuses cartes de recharge, c’est sur les plates-bandes de la presse qu’ils marchent désormais.

Ainsi, depuis un certain temps, les abonnés du fameux «circulaire» n’ont plus besoin de s’acheter un journal ou d’écouter la radio pour connaître les pharmacies de garde, consulter l’horoscope, le programme du cinéma, etc. Un opérateur a même poussé le bouchon de la concurrence jusqu’à proposer les dernières dépêches à ses clients. Faut-il s’en réjouir ou s’en offusquer ?

Il est évident qu’en perdant des revendeurs qui préfèrent - légitimement - des cartes de recharge aux journaux, le marché déjà mal en point de la presse écrite perd des bras valides -au propre comme au figuré. Il n’est un secret pour personne qu’une carte téléphonique se vend mieux et rapporte plus d’argent au revendeur que de larges feuilles de choux qui lui encombrent les bras, plus souvent, pour des broutilles. Ce n’est d’ailleurs pour rien que le nombre de ces revendeurs de cartes a quadruplé au niveau des feux tricolores et des carrefours de la capitale. Il y a de l’argent dedans. Et les jeunes gens, de plus en plus désoeuvrés, ne se font parfois pas prier pour rester très tard dans la nuit. Alors que les quelques revendeurs de journaux - qui résistent encore à la tentation - disparaissent avant même la fin de la matinée.

Que la téléphonie mobile marche sur les plates-bandes des médias traditionnels, il s’agit là d’une concurrence normale, et même loyale. A moins de vouloir cacher le soleil par les mains, on ne peut que saluer la fantastique révolution des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Hier encore, certains ont pensé que la révolution télévisuelle allait faire disparaître la presse écrite. L’avènement de ces technologies a apporté un dynamisme incommensurable au secteur de l’information et de la communication au point de transformer le monde en un «petit village». Mais l’évolution n’est pas sans tournis pour les anciens occupants du terrain.

La concurrence est certes loyale, mais les entreprises de presse se doivent de réajuster leur positionnement sur un marché où les consommateurs ont désormais l’embarras du choix. Fini la belle époque où il suffisait de déposer son canard aux feux tricolores et dans quelques «alimentations» pour être sûr de le vendre. Face à la percée des produits de la téléphonie mobile, la vente des journaux aux «feux rouges» a atteint visiblement ses limites. Il faut absolument imaginer une autre façon de reconquérir le marché ou ce qui en reste. La prospection des kiosques à journaux aurait pu être une alternative au rétrécissement des points de vente. Encore faut-il que les clients potentiels visitent les kiosques … à pied. Or dans notre «Burkina des roues», motocycles et automobilistes passent trop vite pour se laisser aguicher par des titres de journaux.

Il ne reste peut-être plus qu’à faire contre mauvaise fortune bon cœur. Et puis, le marché de la publicité que drainent les sociétés de téléphonie mobile constitue en soi une fortune bénie dans un environnement économique où les annonceurs sont aussi plus rares que les scoops. C’est déjà pas mal que les nombreux abonnés du cellulaire découvrent la «Une» des journaux sur leurs portables. Encore faut-il maintenant des titres suffisamment bandants pour transformer le cercle vicieux en cercle     

07.12.2005

Ainsi parlait, ELLEN JOHNSON-SIRLEAF, la nouvelle présidente du Liberia

"Le problème du Libéria, c'est Taylor" Ellen Johnson Sirleaf est la dirigeante du Parti de l'Unité. Cette ex-fonctionnaire des Nations Unies s'est présentée aux élections d'août 97 contre le président Taylor. Depuis, elle est réfugiée politique à Abidjan. Elle souhaite apporter une solution politique à la crise dans son pays. Elle est de ce fait candidate aux élections présidentielles d'octobre 2003. Que pensez-vous de la situation actuelle au Liberia? La guerre civile qui touche le Liberia a profondément appauvri le pays. Il est très important de trouver une nouvelle solution politique et de soulager la misère du peuple. Les Libériens vivent dans une situation extrêmement difficile à cause de la guerre. La conférence de Ouaga est-elle une bonne initiative? Je suis très reconnaissante envers Blaise Compaoré pour avoir organisé le forum pour la paix au Liberia. Auparavant, le Burkina Faso supportait Taylor. Depuis quelque temps, Blaise Compaoré a changé sa vision des choses. Il m'a avoué sa déception devant le peu d'efforts fournis par le président du Liberia pour ramener la paix. Son parti était invité à la conférence de Ouagadougou mais n'a pas accepté de s'y rendre. Pensez-vous que Taylor est responsable de la guerre? Oui : les autres partis acceptent de s'asseoir autour d'une table pour échanger leurs points de vue. Tandis que Taylor refuse toute discussion, tout effort de paix ou de réconciliation. Il entrave le processus de développement et de démocratisation du pays en accaparant le pouvoir. Quelle solution peut-on proposer pour résoudre la crise? La Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO)oeuvrent pour la paix au Liberia. Elle dénonce les exactions du NPP, le parti au pouvoir et ses pratiques peu démocratiques. Les dirigeants de l'Afrique de l'Ouest désapprouvent la méthode de Taylor qui continue toujours la guerre, les trafics d'armes et de diamants. Le problème du Liberia, c'est Taylor. Cependant, personne ne peut gagner la guerre. Les deux camps détiennent des armes et contrôlent des territoires. La situation est bloquée si les rebelles du LURD accèdent au pouvoir grâce aux armes, le régime qui se mettra en place ne sera pas démocratique.

Je veux la paix pour mon pays. Peu m'importe que ce soit moi ou quelqu'un d'autre qui en soit l'artisan.

 

J'ai réalisé cette interview le 10 juillet 2002 à Ouagadougou (Burkina Faso) alors que je travaillais à l'époque pour le journal Le Pays. Article publié dans le n°2670 du 12 juillet 2002 du www.lepays.bf

 

06.12.2005

Pour qui se prend Chirac?

En rencontrant ses sous-fifres d'Afrique la semaine dernière à Bamako au Mali, Chirac l'Afrique n'a pas trouvé meilleur conseil à leur donner qu'à les encourager dans la mendicité internationale. Cette idée de taxe sur le billet d'avion est complètement populiste et insultant pour les Africains. Un peu plus de respect monsieur le président. Ce que les Africains demandent, ce n'est la pitié, encore moins l'aumône. Arrêter de flatter les gens. Dites plutôt au roitelets noirs élus et rélus à 80% de se mettre au travail, d'exploiter au mieux les potentialités physiques et spirituelles de leur pays au profit de leurs peuples respectifs. Dites leur enfin d'arrêter de singer l'Occident en engloutissant nos ressources dans des deals suicidaires qui n'en valent vraiment pas la peine. Une dernière chose: on ne dévéloppe pas un pays, même à coups de milliards. L'administration chiraquienne doit encore apprendre à comprendre qu'il faut plutôt aider les Africains que Chirac prétend aimer tant à se développer.

04.12.2005

Banny, enfin!

Après plusieurs semaines de tergiversations, la Côte d'Ivoire a enfin désigné ce dimanche 3 décembre ministre en la personne de Charles Konan Banny, directeur sortant de la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO). Est-ce un pas en avant, dans ce pays où on semble affectionner "le couper-déconner", "un pas en avant, deux pas en arrière"? Une chose est de désigner un Premier ministre, une autre est qu'il soit accepté de tous les prédateurs qui font tourner les Ivoiriens en rond depuis septembre 2002.

03.12.2005

Ethnocratie

La plus grande leçon du drame rwandais (et burundais) est sans doute que l'ethnie et la politique ne font pas bon ménage. Mais en île Maurice, les juges ne semblent pas encore l'avoir pigée. Dans un jugement rendu le 10 novembre dernier, la Cour suprême de ce «petit coin de paradis» de l'archipel des Mascareignes a raté l'occasion d'extirper «le poison de la division» de la Loi fondamentale de cette ancienne colonie britannique. Ainsi, les candidats à la députation devront continuer à déclarer leur origine ethnique. Une disposition constitutionnelle héritée de l'indépendance acquise en 1965 et qui prescrit le communalisme comme une manière de maintenir l'équilibre de cette société multiethnique et multireligieuse. Et pourtant, si la religion peut encore constituer un facteur de distinction de représentants du peuple, il l'est moins de l'ethnie, surtout après plusieurs décennies de métissage. A l'issue des dernières élections législatives tenues en juillet, un mouvement de jeunes dénommé Rezistans ek Alternativ a demandé l'abrogation de cette disposition qui, selon lui, constitue «une pratique indigne d'une République qui se veut égalitaire». Mais le juge suprême n'a pas satisfait cette soif de réforme qui gronde de plus en plus sur l'île. La balle est remise dans le camp de la nouvelle législature qui devra non seulement légiférer sur cette délicate et amère équation ethnocratique, mais également faire face à la crise du sucre, pilier de l'économie mauricienne. Quand on sait que la tradition a parfois la peau plus dure qu'on ne le croit souvent...

 

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