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10.11.2005

Viva la Burkina musica

Alors qu’on scrutait, désespérément en 2004, le drapeau du «Burkina qui gagne» sur le rectangle vert du foot, la bonne nouvelle est venue du dieu de la musique. Comme un cadeau de Noël, le sort a voulu que ce soit par un enfant que le Burkina goûte (enfin) les délices du Kora, la plus prestigieuse tribune des musiciens africains. Visiblement sans complexe dans la cour des grands, les couleurs vert rouge jaune du pays des hommes intègres ont flotté sur la poitrine du jeune prodige Amadou Ongoïba alias Madson Junior. Pour la première fois sur la tribune de la ville-soleil -Sun City en Afrique du Sud- la mélodie et le chant d’une vedette burkinabè ont mérité le trophée, ô combien, convoité du Kora du meilleur espoir de la musique africaine. C’est à juste titre que dans certains quartiers de la capitale, ceux qui suivaient l’événement en direct à la télévision ont explosé de joie comme on sait le faire pour saluer les fantastiques chevauchés des Etalons. Depuis le 4 décembre 2004, il n’est sans doute pas exagéré d’admettre que nombre de mélomanes du Burkina et d’ailleurs ont inscrit Madson Junior dans la légende restreinte des Etalons de la musique made in Faso.
L’arbre de Noël ne doit pas cacher la forêt. Ce qu’il convient de considérer comme la prouesse de Madson Junior a certainement été rendue possible par un accompagnement conséquent et le soutien de personnes de bonne volonté qui ont probablement cru en l’étoile du petit. On pourra peut-être jamais décortiquer les ficelles de toutes les circonstances et moyens ont concouru à la révélation du talent du jeune virtuose. Ce qui est sûr, on peut affirmer sans risque de se tromper que c’est le travail conjugué à la foi de plusieurs partenaires qui a donné le résultat qui fait la fierté de tous. Au-delà de toute considération, c’est la musique et donc la culture burkinabè qui a gagné. Mais combien sont-ils encore aujourd’hui les acteurs culturels burkinabè à croire aux vertus du travail et de la collaboration en vue des victoires au profit de l’essentiel qu’est la culture nationale ?
Force est de constater que malgré le positionnement du Burkina Faso comme carrefour culturel de l’Afrique, la musique de ce pays a du mal à s’imposer dans ses frontières et partant au-delà. Paradoxalement, le marché, les ondes des radios et les écrans de télévision semblent de délecter des sonorités, mélodies et rythmes importées de gré ou par voies détournées. Ce qui ne manque pas d’entraîner une désaffection de la production locale. Lors des grandes manifestations ou des événements organisés par de grandes sociétés de la place, c’est avec beaucoup d’amertume que les artistes musiciens burkinabè se sentent négligés au profit de vedettes importées à grands frais. N’a-t-on pas l’impression de se trouver sous d’autres cieux que celui du Burkina lorsqu’on fait une virée dans les discothèques, maquis et autres gargottes ? Combien peuvent-ils aujourd’hui ceux qui possèdent au moins 40% d’oeuvres locales dans leurs bacs à disques ?
Les obstacles à l’émergence et à l’épanouissement d’une industrie musicale burkinabè digne de ce nom sont légion. Mais si les artistes impuissants face à la trop grande ouverture du marché de leur pays, leur salut ne viendra que de leur capacité à créer des œuvres originales qui savent puiser dans les tréfonds encore inexploités de la luxuriante tradition musicale burkinabè. C’est à cette source que s’abreuve non sans bonheur, Bil Aka Kora, l’incontestable et incontesté roi de la Djongo musique. Fidèle à son Kassena natal, il vient de prouver que son filon est inépuisable en y extrayant son 3e album «Dibayagui». En fécondant l’universelle rythmique reggae par des sonorités puisées dans le Liwaga du Mogho, son confrère Zêdess, pour ne citer que lui, a engendré à son tour «Sagesse africaine», un 3e album qui confirme que l’originalité et donc la force de frappe de la musique burkinabè se trouve dans une exploitation judicieuse et sans visa de l’héritage artistique que ses aïeuls lui ont légué.

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