12.05.2008
Togo: Robert Dussey, un intellectuel mal inspiré
Conseiller diplomatique du président togolais Faure Gnassingbé, Robert Dussey vient de publier un ouvrage intitulé "L'Afrique malade de ses dirigeants". Un titre assez original et courageux qui lui a, probablement, valu une interview sur Radio France internationale (RFI). Il a fallu attendre la fin de l'entretien pour se rencontre compte que Robert Dussey n'est qu'un courtisan comme les autres. En effet, on tombe complètement à la renverse à l'entendre dire conclure l'interview en lançant que "Faure Gnassingbé est un miracle pour le Togo". Une déclaration digne de ces griots qui avait jadis fabriqué le dictacteur Eyadéma.
Quand on sait que Robert Dussey se fait passer pour un universitaire, de surcroît, un docteur en philosophie politique, cette prise de position n'est pas du tout digne d'un intellectuel de son rang. On comprend qu'il soit séduit par "l'ouverture" du jeune président Faure Gnassingbé. Mais de là à vouloir en faire déjà une idole pour les togolais qui attendent toujours de voir, il y a un pas de trop que Dussey a franchi. A moins qu'à l'instar des dirigeants africains qu'il charge, il ne soit lui même aussi malade de son enthousiasme.
Le Togo et les togolais n'ont plus besoin de ces envolées lyriques qui poussent à la révolte et au doute. Attention à ne pas faire déjà le lit à une autre dérive totalitaire. Nous n'avons plus besoin d'intellectuels griots à la mémoire courte et à l'enthousiasme trop facile.
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28.04.2008
Ban K-moon interpellé sur la vie chère au Burkina
Mr Ban Ki-moon, avons-nous manqué à notre devoir ?
Travaillant pour les Nations Unies, j’étais, Mr Ban Ki-moon, dans la cour du bâtiment des Nations Unies le matin du 23 avril 2008 à entendre votre discours adressé au personnel. Comme on a ensuite – sans doute pour raison de votre temps précieux – supprimé la petite session questions-réponses pourtant prévue dans le scénario original de la rencontre, je vous adresse cette lettre par presse interposée.
Excellence, Secrétaire Général des Nations Unies !
Vous nous l’avez dit : Dans les quatre derniers mois, c’est déjà la troisième fois que vous voyagez en Afrique. Merci pour tant d’intérêt ! J’espère qu’il reflète l’intérêt du monde entier – que vous représentez.
Même si vous nous avez dit que ce n’est pas le Burkina qui vous a amené ici mais surtout le rôle clé de médiateur de la crise ivoirienne joué par notre Président, on n’en est pas surpris, on a depuis longtemps l’habitude d’être traité comme l’hinterland de ce pays frère économiquement beaucoup plus avancé, donc beaucoup plus important.
Dans votre discours, Mr Ban Ki-moon, vous avez, parmi autres, parlé du développement, de la transparence, de la responsabilité, de la sécurité des employé(e)s des agences du système des Nations Unies, de la fierté de faire partie de ce système.
Je voudrais traiter d’une autre sécurité dans cette lettre, la sécurité alimentaire. Et non pas de la sécurité alimentaire des employé(e)s des agences du système des Nations Unies – nous gagnons assez pour nous en charger sans problème – mais de la sécurité alimentaire au Burkina, en Afrique et ailleurs dans le monde.
On en parle beaucoup ces dernières semaines, de cette grande nouvelle crise. Qui menace les pauvres ; les menace de pauvreté plus aigue ; les menace de faim ; de misère.
Je veux parler de la majorité des Burkinabè. Peut-être que vous n’avez pas vu de pauvres, Mr Ban Ki-moon, entre l’Hôtel Sofitel, le palais présidentiel, la primature et le bâtiment des Nations Unies, mais ils et elles sont vraiment trop dans ces contrées ! Comme ailleurs en Afrique. Comme ailleurs dans de grandes parties du monde.
Après 60 ans de « développement » du Tiers Monde, on est donc arrivé là : une série de facteurs – la plupart de longue durée et bien prévisibles – ont poussé les prix des produits de nécessité primaire à une hausse vertigineuse. Hausse des prix qui anéantit les quelques avancées réalisées en développement jusque là. Hausse des prix qui remet en cause tous les efforts entrepris pour avancer, pour sortir de la pauvreté abjecte. Parce que ce sont les plus pauvres qui sont les pire touché(e)s.
La FAO – l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture –, d’après les dires d’un de ces économistes, savait depuis deux ans qu’il y aurait problème. L’alarme n’était pas donnée. Pour le commun des mortels, c’étaient les Mexicain(es)s qui d’abord avaient faire résonner les tamtams de la presse internationale : le prix de leur maïs avait tellement augmenté en 2007 qu’on risquait, si on était pauvre, de ne plus pouvoir se préparer la tortilla nationale. Comme raison de la hausse du prix du maïs on donnait la forte demande américaine pour les biocarburants. Si les voitures ont besoin de bouffer, ce ne seront pas quelques millions de pauvres qui vont les empêcher.
Maintenant la crise s’est mondialisée. Même dans les pays riches, les prix de la nourriture ont beaucoup augmenté. Mais là on a beaucoup d'argent, ce n’est donc pas comparable. Là où c’est grave, c’est ici. Et bien sûr que la faute n’est pas seulement aux biocarburants. La faute est, parmi d'autres, à la forte demande émanant de la Chine et de l’Inde, ayant eux, pour une partie de la population, réussi le pari du développement (dans sa forme la plus concrète : mieux se nourrir). La faute est aussi à la hausse des prix du pétrole et de tous ses dérivants, y inclus l’engrais. Et aussi à la spéculation : avec la crise immobilière aux Etats-Unis il y a d’importants capitaux en recherche d’investissement – et on a donc découvert les marchés mondiaux de la nourriture. Et tant pis si les pauvres en meurent – il faut surtout des profits pour faire avancer le monde, non ?
Pourquoi n’a-t-on pas sonné l’alarme ? Avec tout ce gigantesque dispositif de recherche, d'étude, de planification et de suivi – n'a-t-on pas vu venir? Pourquoi n’a-t-on pas pris les précautions nécessaires ? C’est sur un plan global qu’on aurait dû agir. Même si les démonstrations à Bobo, à Ouahigouya, à Banfora, à Ouagadougou … et dans beaucoup d’autres pays se sont surtout adressées à leurs gouvernements respectifs : il s’agit d’un problème vraiment global.
Et c’est pour ça que je m’adresse à vous, Mr Ban Ki-moon, pas en tant que personne, mais en tant que Secrétaire Général donc représentant des Nations Unies. Vous avez le matin du 23 avril insisté sur l’«accountability», ce beau mot intraduisible qui veut surtout dire responsabilité.
Je vous interpelle donc, Mr le Secrétaire Général des Nations Unies, d’assumer au nom des organisations internationales notre responsabilité pour la crise alimentaire – crise globale, mais touchant surtout les pauvres. Sinon comment éprouver, comme vous nous l’avez demandé, de la fierté d'appartenir à une institution qui manque au premier de ses devoirs ?
Comme ce qui est fait est fait – « it is no use crying over spilt milk » disent les anglophones – il faudra en réparation mais aussi en pensant aux tâches fixées aux Nations Unies, dès maintenant entreprendre tout pour contribuer à remédier au plus vite à la crise.
Parce que, s’il n’y a pas assez à manger, tous les autres grands accomplissements – des Nations Unies, des gouvernements, de tout(e) un(e) chacun(e) – s’avèrent superflus.



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08.04.2008
"Les politiciens sont des guignols, de vrais comédiens"
Yao Billy Serges Alias Billy Billy est le nouveau phénomène du rap ivoirien. Avec un style propre à lui et emprunt d'une verbe acerbe, il déménage la foule en Eburnie à toutes ses apparitions scéniques. Billy Billy détient les "nouvelles du pays" et les répand à travers son RAP made in Côte d'Ivoire, taillé dans les racines de sa culture bété.
Billy Billy (B. B.) : Ouais ! Y a le moral ! Grâce à Dieu, tout va bien.
Quel est ton nom à l'état civil ?
A l'état civil, je m'appelle Yao Billy Serges. Vous constatez que y a Billy dedans. J'ai juste doublé.
L'album "Les nouvelles du pays", est-ce ta première aventure dans la musique ?
C'est la première aventure en solo. J'ai d'abord appartenu à un groupe que l'on appelle Nasty Mafia, vainqueur de la 1re édition de Nescafé african revelation en 2001. L'album du groupe n'a pas eu le succès escompté en son temps. Aujourd'hui, Billy Billy a entamé une carrière solo avec l'album "Les nouvelles du pays".
Alors, comment va le pays ?
Le pays ? (il fait un off). Je n'ai pas besoin de le dire. Lorsque vous écoutez le CD, vous le sentez. Je ne suis pas souriant ; et c'est parce que les nouvelles ne sont pas bonnes. Le pays est renversé comme je le dis dans une de mes chansons, on dirait "débout Keyi". Le pays est en l'envers et les choses ne fonctionnent pas comme elles se doivent. Quand je prends le phénomène de la piraterie, ça va grandissant et aucun homme politique ne lève le doigt pour dire quoi que ce soit. Ils savent qu'un CD ne peut pas devenir chocolat. Ce qui les intéresse, c'est le cacao de nos parents. Nos parents souffrent pour produire et quand l'argent arrive, ça reste au Plateau. Je suis un révolutionnaire à l'image de la musique rap. C'est une musique de combat. Un rappeur est un soldat et quand il vient au front, c'est avec une arme soit pour mieux se défendre ou attaquer. Je suis ici l'icône de la jeunesse et j'ai décidé de prendre leurs problèmes à bras-le-corps. Quand je chante, je ne demande pas au public de m'applaudir mais plutôt d'être en communion de pensées avec moi, de m'inspirer.
Le genre de rap que tu pratiques a-t-il une différence fondamentale avec ce que l'on connaît ?
Mon style, c'est le "Lazga digbe style". C'est un concept 100% ivoirien ; je dirai plus 100% bété. Chez nous les Bété, quand quelqu'un meurt, sa maman se mêle aux griots et fait du bruit avec des bouteilles. Elle chante et fait au passage des messages en dénonçant la médisance, la calomnie. En fait, mon rap est un rap dénonciateur. J'ai récupéré ce concept qui est issu d'une culture de chez nous pour la valoriser. Mon style est assez particulier. Vous voyez, il fut un moment en 1997, les Ivoiriens ont voulu adopter le style américain que ce soit au niveau des chansons que du style vestimentaire. Le rap n'a pas trop donné et il fallait alors créer. Quelques-uns sont entrés au laboratoire. Avant moi, il y a eu le "Bôgni yoyo" avec Nash. Aujourd'hui la structure Cost to Cost a produit Billy le Coq. J'ai un rap orange blanc vert. J'ai décidé d'être proche des Ivoiriens et de chanter les réalités qu'ils vivent. Lorsque je chante wassakara, c'est chez nous, c'est la Côte d'Ivoire, c'est le Burkina, c'est l'Afrique. Je suis Billy le Coq. En Afrique on dit que la maison du coq sent, mais c'est là-bas qu'il reçoit ses étrangers. Mon wassakara n'est pas propre mais je suis fier de recevoir mes parents, mes amis là-bas.
Dans une de tes chansons, tu dis que le coq appartient à une personne mais il chante pour tout le village. Qu'est-ce qu'il faut comprendre derrière ce message ?
J'appartiens peut-être à wassakara (le nom de son quartier) mais je chante pour toute l'Afrique. A travers moi, c'est toute la jeunesse qui pleure. Tout le monde se retrouve dans ma musique.
Tu dis que tu chantes les problèmes du pays. Quels sont de façon détaillée ces problèmes ?
Vous les connaissez les problèmes ! Au Burkina Faso, vous les vivez également. Ce sont les politiciens qui nous foutent la merde, nous rassasient de problèmes. Ils veulent nous nourrir au même biberon et passent leur temps à nous répéter les mêmes choses. Les Etats africains sont devenus comme une sorte de cadeau d'anniversaire. Chaque politicien vient prendre sa part et se casse. Lorsque je dis "Les nouvelles du pays", c'est la dure réalité que nous vivons.
Je chante l'avortement, le manque d'emploi des jeunes, les diplômés sans emploi. Nous sommes tous des diplômés. Lorsqu'on va à l'école, ce n'est pas pour apprendre à lire ou compter ; c'est pour décrocher un diplôme et travailler. Alors, avoir un diplôme et ne pas pouvoir travailler ne sert à rien. Lorsque je chante, "Didier Drogba", ce sont les nouvelles du pays. Drogba est pour moi le symbole de l'union nationale. Il est le seul qui fait l'unanimité. Même Laurent Gbagbo, en étant au pouvoir ne fait pas l'unanimité comme ce joueur. En Drogba, on retrouve les Bété, les Baoulé, les Dioula et même les Mossi. Lorsque je chante Drogba, je magnifie l'unité. Il ne faut pas en tant qu'artiste caresser dans le sens du poils. Je chante avec beaucoup d'humour mais mes paroles sont profondes. En Europe par exemple, les funérailles sont tristes mais en Afrique, c'est comme un anniversaire. Ici, il n'y a pas de différence entre un baptême et des funérailles. C'est triste ! Ce que les gens ne mangent pas d'habitude, c'est ce qu'ils consomment le jour des funérailles. C'est tout cela que je critique.
Tu fais passer tes messages avec beaucoup d'humour. Comment est-ce que tu arrives à garder toute ta sérénité sur scène ?
L'humour que je mets devant, c'est toujours pour magnifier la culture africaine. L'Ivoirien par exemple aime rire. En pleines funérailles, il peut faire des grimaces et des acrobaties comme si c'était un baptême. Mais après le rire, l'humour, c'est la vérité que je sors. Je ne suis pas un artiste qui est là pour plaire. Je suis là pour dire une certaine vérité. Alors ce que je dis déjà fait rire et si à mon tour je dois me mettre à rire, vous devinez ce que ça peut être. On me verra comme un guignol. Je suis beaucoup sérieux, serein sur scène parce que je veux que mon message passe.
Alors, nous sommes dans un processus de retour à la normale en Côte d'Ivoire. As-tu le sentiment que tout avance bien ?
Non ! C'est de la comédie ! Tu ne connais pas les politiciens ? Vous pensez que la situation est normale ? La guerre, ce n'est pas seulement au niveau des armes ; c'est dans la tête. Cette guerre-là est présente. On nous fait croire que tout va bien. On sourit et on prend beaucoup de photos devant les cameras. Les politiciens, ce sont des guignols, de vrais comédiens. J'aimerais que la guerre finisse définitivement mais je n'ai pas foi aux politiciens. J'ai chanté que "bouche de politicien, c'est comme du pain sucré !". Ce que politicien ne moyen pas, il va dire qu'il moyen. Nous sommes fatigués ! On parle de désarmement mais personne ne respecte les échéances. Lorsque vous rentrez dans les détails vous verrez que rien n'évolue. C'est Dieu seul qui peut nous sortir de cette situation.
Certains artistes musiciens au temps fort de la crise avaient mis de l'huile sur le feu. En tant qu'artiste que penses-tu de cela ?
Chacun a sa manière de penser et de voir les choses. Pour moi, l'artiste ne doit pas avoir un parti pris. Je dis toujours aux gens que je ne suis ni de la droite ni de la gauche. Je suis du juste milieu. Et dans la vie, si le juste milieu est respecté, l'on connaîtra un monde juste.
Je ne suis pas un artiste alimentaire pour choisir tel ou tel camp à cause de certains avantages. Je connais certains artistes qui ont été contraints à l'exil parce qu'ils ont voulu avoir un parti pris.
Moi je chante Laurent Gbagbo dans certains titres mais je ne suis pas censuré. Parce que tout le monde sait que ce que je dis est une vérité crue.
11:50 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Musique ivoirienne, RAP, satire politique, Burkina Faso

